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JE PLEURE MON AMOUR
LONDRES - 1945
Ici Mark Trevor,
à l'endroit même où se trouve la roquette non explosée.
À moins de 100 mètres de moi,
le génie a commencé à creuser pour sortir l'explosif du V2,
qui est tombé du ciel noir de Londres, il y a une heure.
C'est la première fois qu'une bombe de ce type n'explose pas.
Voici le rapport du génie sur leur progression.
Nous arrivons presque à l'ogive. Nous dégageons la terre rapidement.
Il va falloir que l'on se calme un peu.
La bombe pourrait bien se tourner d'un coup.
Le génie sait que derrière l'ogive du V2
se trouve l'unité Sterg.
Les fils reliant ce mécanisme complexe au pont de tir
devront être coupés pour éviter l'explosion.
- Comment ça se passe, Alan ? - Bien.
Merci, mademoiselle.
Désolé, vous ne pouvez pas passer. Une bombe a été découverte.
Je sais, mais je dois traverser cette barricade.
Ce n'est pas possible.
Votre journal ne veut pas vous voir morte pour un reportage, si ?
Il l'exige presque.
- Bon, à vos risques et périls. - Merci.
Nous avons déterré le panneau à charnière
qu'il va nous falloir ouvrir, pour atteindre l'unité Sterg.
On voit les anges après l'explosion, non ?
Merci, sergent.
Mais je suis du New York Standard, et c'est loin d'être le paradis.
- Il y en a pour longtemps ? - Il s'agit d'un travail délicat.
Si vous restez, on pourra prendre le petit-déjeuner ensemble.
D'accord. Je prends deux sucres.
À votre place, je me reculerais un peu.
Personne ne sait quand cette chose décidera d'exploser.
Tout semble si calme.
"Je dors. Ne pas déranger."
Que faites-vous ici, Mlle Scott ?
La même chose que vous, je fais un reportage.
Ne voyez-vous pas que ce machin peut tout faire sauter ?
C'est ça le reportage.
Zut ! Il ne manquait plus que la pluie.
Je voudrais vous parler.
- Appelez-moi quand ils seront à l'ogive. - D'accord.
Bonsoir.
Je t'ai dit de ne pas venir.
La pluie va rendre le travail deux fois plus dangereux.
Ce serait plus douillet chez moi.
Tu vas avoir froid, éternuer et la bombe va trembler.
Comme ça, ce sera fini.
Le sergent a dit que ça pourrait durer jusqu'au matin.
Tu sais, si l'on reste ici toute la nuit,
ce sera le plus long moment qu'on aura passé ensemble ce mois.
On risque même de mourir ensemble.
Ça ne te fait pas peur ?
Le jour où je t'ai rencontré, j'ai juré que je passerais le reste de ma vie avec toi.
Aussi courte soit-elle.
- Est-ce que cela te fait peur ? - Non.
Comme prévu. Ils ont complètement dégagé l'ogive,
et elle a glissé d'un autre mètre.
Peut-il attendre que la pluie cesse ?
C'est un travail de catégorie A1 : "À faire tout de suite."
Maintenant...
- C'est à vous maintenant. - D'accord. Vous devriez partir d'ici.
Nous avons ouvert le panneau à l'arrière de l'ogive.
On y a trouvé toutes sortes de gadgets électroniques
et je peux voir l'unité Sterg.
Le soldat du génie risque de s'électrocuter
- en touchant les fils sous la pluie. - Tout à fait.
Bon, essayons.
Tu es tout mouillé.
- J'ai déjà entendu ça. - Quand ?
Tu te souviens quand tu attendais sur le port que l'hélicoptère vienne te secourir,
il a explosé sur une mine.
Aucune victime, juste quelques hommes à l'eau,
dont moi.
Tu avais l'air si marrant.
C'est sûr, il ne me restait plus que la moitié de mes habits,
tu ne faisais que rire et dire : "Vous êtes tout mouillé."
C'était parce que tu avais l'air en colère.
Oh, Mark, c'est fou, n'est-ce pas ?
On passe notre vie à chercher l'amour dans les endroits comme il faut
et parmi les gens comme il faut.
Et puis une guerre éclate,
et on trouve ce qu'on cherchait au milieu de l'océan.
À moitié noyé.
Tu n'as pas aidé, en demandant ce que cela faisait d'être secouru,
après avoir secouru quelqu'un.
- Tu as dû me détester. - Jalousie professionnelle.
Après tout, j'y suis allé pour une histoire et c'est toi qui as eu le scoop.
Le plus important, c'est que je t'ai eu, toi.
Et j'en serai à jamais reconnaissant.
Et j'en serai à jamais reconnaissant.
Mark, il est prêt à couper les fils maintenant.
Il y a un double câble qui part devant et derrière.
Ce câble est isolé
et je dois couper l'isolant pour pouvoir séparer les quatre fils.
Puis je devrai couper les quatre fils l'un après l'autre.
J'ai coupé l'isolant.
Ici, c'est délicat.
Le soldat va maintenant couper les fils.
Un.
Deux.
Trois.
Plus qu'un.
Quatre. Ça y est.
Je crois que je devrais réessayer. Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris.
Allô ?
Allô ? Sara ?
Allô !
Sara, c'est Jake. Allô ?
Sara ?
- Quand vont-ils rappeler ? - Ils ne le feront peut-être pas.
Personne n'a cette chance.
- Qu'y a-t-il ? - Rien.
Pourquoi tu me regardes comme ça ?
Je pensais juste que je te connaissais bien,
et mal à la fois.
Qu'il y a-t-il de plus à savoir, à part que je t'aime ?
Je veux tout savoir.
Où tu es né, où tu as grandi...
Je suis né dans un village qui s'appelle St Giles, en Cornouailles.
Et j'ai grandi là-bas. C'est tout.
Ce n'est que le début. Décris-le-moi.
- Je préfère... - S'il te plaît, Mark. Dis-le-moi.
St Giles ? Ce n'est pas plus grand qu'un mouchoir de poche.
J'aime les petits villages. Je suis née dans une petite ville aussi.
On peut entendre le chant solitaire des mouettes à longueur de journée,
on vit au rythme des marées.
Que faisais-tu là-bas ?
Je suis allé à l'école, j'ai grandi, puis je suis allé travailler pour la B.B.C.
Quand la guerre a éclaté, j'ai essayé de m'enrôler,
mais pour eux, j'étais plus utile avec un micro qu'avec une arme.
Il y a un trou d'une dizaine d'années.
En Cornouailles ? Rien de très passionnant.
La journée, j'étais marin, le soir, j'étudiais.
Je vivais dans une maison à Tregenna Hill.
Mark, emmène-moi là-bas pour voir tous les endroits que tu as aimés.
- Pour rencontrer tous ces gens. - Tu t'ennuierais.
Non.
- Mark, ne me quitte jamais. - Jamais.
- Si tu savais combien je t'aime. - Je sais.
Tu n'as encore rien vu.
Mon amour est plus grand que tous les océans.
Je t'aime plus que tout au monde.
Redis-le-moi.
- Tu es avide, Sara. - Je sais.
- Il faut que je te dise quelque chose. - Quoi ?
C'est à propos de mon patron, Carter Reynolds.
Cela fait longtemps que je travaille pour lui, presque dix ans.
Et quand j'ai quitté New York, il...
Il m'a demandé de l'épouser.
Je vois.
Ce n'était pas la première fois qu'il me le demandait.
Mais cette fois, tu as accepté.
Par reconnaissance. Il a tant fait pour moi.
Des choses dont je te parlerai un jour.
Mais maintenant, je veux lui dire que je t'ai rencontré.
Sara, écoute...
Dis-moi juste
que nous resterons toujours ensemble. Dis-le-moi.
Oui, toujours.
Combien de temps peux-tu écouter sans répondre ?
Tu seras le premier à craquer.
- Il a l'air inquiet. - Tu fléchis ?
Ça doit être Jake. Je devrais aller au bureau.
- Je t'y amène. - Embrasse-moi d'abord.
- À ce soir. - Oui, chéri. Au revoir.
- Jonesy. - Bonjour, Mlle Scott.
Vous êtes encore ici ? Vous auriez dû rentrer chez vous depuis longtemps.
J'ai reçu un télégramme. À propos de mon fils.
- Celui qui est dans l'armée. - Oh, Jonesy, il n'est pas...
Je peux faire quelque chose, classer ou taper à la machine ?
Je vous donnerai ce que j'ai fait cet après-midi.
- Bonjour, Nancy. - Bonjour, Mlle Scott.
- Quatre copies, je les veux claires. - Oui, Mlle Scott.
Je suis désolée, Jonesy.
Quatre copies, claires. Je les fais tout de suite.
SARA SCOTT DIT
Hier soir j'ai vu des hommes se battre contre une bombe
SARA SCOTT DIT
Elle s'appelle Jonesy. Elle est très ponctuelle.
Ce matin quand je suis arrivée
- As-tu terminé ? - Dans une seconde.
Alors qu'est-ce que tu attends ? Ne sais-tu pas ce qui se passe ?
- Mon Dieu ! J'avais oublié. - Oublié ?
- Tu n'as pas honte ? - Je suis à toi dans une minute.
- Une paire de rois. - C'est bon.
- Alors, quel est le maximum ? - Aucune limite. Un shilling.
Ce n'est pas une très grosse mise.
- Jouez. - Quelle humeur !
Nous avons tout envoyé pour qu'ils puissent finir à New York.
On est en train de se crever ici et tu t'occupes d'une bombe.
Première mise, six pence.
- De la folie ? - Rien que les perdants.
- Quoi de neuf ? - J'en prends trois.
- Deux. - Elle en a trois d'une couleur.
Désolée.
Sara.
Je parie un shilling. Oui ?
Quelqu'un est tombé d'avion et veut que Sara y aille.
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