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- Allô ? - Allô, Charlotte ? C'est Anne.
Oui, Anne. Qu'est-ce qui se passe ?
Pardon de vous réveiller. On a un problème à Saint-Laurent.
Je suis avec Jean-Pierre. Il m'a appelée. Il faut venir.
Mais... quel genre de problème ?
- Pascal vient de mourir. - Oh...
Oh, le pauvre !
Mais je peux faire quoi pour vous ?
Appelez un médecin. Il constatera le décès.
Non, son médecin est déjà là. Il veut pas partir.
- Ah bon ? Mais pourquoi ? - Bah je sais pas.
Il dit qu'il veut parler avec un responsable.
J'arrive.
Merci.
- Il attend toujours ? - Oui.
Suivez-moi.
- Venez, c'est... c'est par ici. - Ah.
Oh...
Père Lataste.
Je suis désolée.
Que voulez-vous faire ? C'est comme ça. Il a rejoint Notre Seigneur.
Oui.
- Bonjour, docteur. - Bonjour.
Il n'a pas souffert ?
S'il a cessé de se battre, c'est qu'il était épuisé.
Pascal connaissait son état depuis le début.
Je ne lui ai jamais rien caché.
Il y a quelque chose que je devrais savoir ?
Anne m'a dit que vous étiez la chancelière du diocèse.
C'est exact.
C'est à vous que je dois remettre ceci.
- Qu'est-ce que c'est ? - Certificat de décès.
Je ne veux pas partir avant que vous l'ayez lu.
- Bah, il y a une erreur. - Non, il n'y a pas d'erreur.
Si, y a une erreur.
Non. Vous pouvez vérifier.
Y a forcément une erreur. Ça n'est pas possible.
Je voulais m'assurer que vous compreniez bien.
Je vous conseille juste...
Attendez. Excusez-moi. Je ne comprends pas. Du tout, même.
Décidez rapidement ce que vous allez faire avec le corps.
J'ai fait mon travail.
À vous de faire le vôtre.
- Bonjour. - Bonjour.
- Anne ? - Oui ?
- Mais que faites-vous ? - Bah j'archive.
Y a un archiviste, pour ça. Vous n'êtes pas allée au sous-sol ?
Pas encore.
Je pensais que vous le feriez avec moi.
C'est vrai, tout ça, c'est perturbant.
Anne, moi je veille à ce que les actes juridiques du diocèse
soient rédigés, signés, expédiés et conservés.
Et vous, vous devez m'assister. D'accord ?
- D'accord. - Mgr Mével est arrivé ?
Je... Je sais pas.
D'accord.
Mon père ?
Excusez-moi...
- Bonjour, Charlotte. - Bonjour.
Qu'est-ce qui vous arrive ?
Pascal Foucher est mort.
- Pascal Foucher est... - Oui, le curé de Saint-Laurent.
Oh, le pauvre.
Mon père, vous venez ?
C'est triste, mais ce n'est pas le pape François qui vient de mourir.
Ça aurait pu attendre la fin de ma séance, non ?
Vous devriez vraiment venir.
Bon, Charlotte, vous m'agacez. Ne tournez pas autour du pot.
Mais vous avez... vous avez vérifié ?
Ah bah non. Moi, non. Mais... j'ai demandé confirmation.
- À qui ? - À mon cousin.
Votre cousin ?
Il a une agence de pompes funèbres à Créteil.
Il est venu à ma rescousse.
Son agence périclite, donc je lui ai dit que s'il gardait le secret,
il compterait sur la future clientèle de l'évêché.
- De confession catholique ? - Bien sûr. Enfin, chez nous,
on baptise plus par tradition mais...
- Croyant ? Pratiquant ? - Oui.
Ça suffit, il saura se taire. Ensuite ?
Je lui ai demandé de tout vérifier.
En long, en large et en travers.
Et... Et alors ?
C'est une femme. Avec une légère barbe.
Mais poitrine et sexe féminins.
Une vraie femme.
Vous en avez parlé ?
Ah non, à personne. Enfin, à part le médecin, mon cousin...
et maintenant, vous.
Personne n'a compris la rapidité de la levée du corps,
ni la décision d'incinération. Donc, pour éteindre l'incendie,
j'ai parlé d'une messe exceptionnelle pour ses funérailles.
Une messe exceptionnelle ? C'est-à-dire ?
Une messe où vous seriez présent et...
où... vous diriez le sermon.
Et puis quoi encore ? Vous voulez pas que je chante ?
- Pourquoi avoir dit ça ? - Pour éviter le scandale.
Faire diversion. Ce n'est pas ce que vous voulez ?
Si, si, si, si.
Je vous préparerai un texte pour parler d'elle. De lui.
Une femme prêtre, ça ne vous suffit pas ?
Une autre écrit les sermons ?
Installez-vous à mon bureau, tant que vous y êtes.
Bon, hé, ça suffit, laissez-moi tranquille.
Au nom du Père,
du Fils, du Saint-Esprit.
Amen.
Quand je parlerai les langues des hommes et des anges,
si je n'ai pas la charité,
je ne suis plus qu'airain qui sonne ou cymbale qui retentit.
Quand j'aurai le don de prophétie
et que je connaîtrai tous les mystères et toute la science.
Quand j'aurai la plénitude de la foi...
Quand je livrerai mon corps aux flammes,
si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien.
La charité est longanime.
C'est la miséricorde que je désire,
et non les sacrifices.
Car je suis venu appeler
non pas les justes, mais les pêcheurs.
Parole du Seigneur.
Nous rendons grâce à Dieu.
C'est donc au milieu de la racaille
que le Christ
a choisi certains de ses disciples.
Je connais par cœur vos sentiments.
Solidaires, contents de vous retrouver,
et tristes qu'un des vôtres soit parti si tôt,
un peu inquiets de constater que Dieu
ne protège pas du cancer.
Tellement naïfs.
Que savons-nous du père Foucher ?
Il était gentil,
un bon prêtre,
assurant messes et réunions sans se plaindre.
Mort...
discrètement.
Une vie tendue vers Dieu, paisible et lumineuse.
J'appréciais cet...
cet homme.
Avec lui, je me sentais...
en paix.
Il ne réclamait rien,
n'entretenait aucune querelle,
et était proche de ses paroissiens.
Je lui vouais
estime et amitié. Oui,
je vais le regretter.
Nous allons tous...
le regretter.
Mais quand je regarde ce cercueil, par terre,
je me dis que...
ce n'est peut-être pas ce que voyait le Christ.
Il n'a pas pour habitude de regarder les apparences.
Il plonge au plus profond de nous.
Le Christ voit en nous
ce que nous ne voyons pas nous-mêmes.
Ce que nous refusons de voir, perdus dans nos mensonges.
Comme il a vu en Sara qu'elle pouvait enfanter à un âge avancé.
Comme il a vu en Judas...
celui qui allait le trahir.
Quand il a posé son regard sur le père Foucher,
qu'a-t-il vu ?
Charlotte ?
- Bonjour, Charlotte. - Bonjour, mon père.
- Comment ça s'est passé ? - Tout s'est déroulé comme prévu.
- Pas de... Pas de questions ? - Aucune.
Asseyez-vous.
Bon, euh...
- Maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? - On oublie cette histoire.
On ferme le dossier. Si personne n'a rien vu,
aucune raison d'insister. Le corps a été incinéré. Basta.
- Si un jour cette histoire ressort ? - On dira qu'on ne savait pas.
C'est la vérité.
Sauf que le certificat de décès qui m'a été remis
stipule le contraire.
Niveau responsabilités, je suis en première ligne.
C'est quand même incroyable.
Quoi ?
Qu'elle ait réussi à être prêtre toutes ces années.
Une femme ne peut pas être prêtre.
- La preuve que si. - Charlotte ?
Nous ne savions absolument rien sur Pascal.
J'ai réussi à rassembler quelques informations.
Donc son état civil, d'abord.
Pascal Foucher, né le 10 août 1969, né sous X,
mais bien de sexe masculin.
Tout le mystère est là. Pas d'adoption, mais placé
en famille d'accueil jusqu'à sa majorité.
Après, je perds sa trace.
Je le retrouve 5 ans plus tard au séminaire, grâce à nos archives.
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