The first 192 lines.
Il était une fois un homme qui vivait dans l'opulence,
mais qui n'avait plus d'appétit pour la vie
et qui avait renoncé à prendre soin des siens.
Permettez-moi de vous raconter son histoire.
Il gagnait beaucoup d'argent, mais une aigreur lui restait en bouche.
À force de mener cette vie douce-amère,
et trop souvent
remplie de tristesse,
son corps autrefois svelte s'était enrobé de graisse,
son cœur s'était serré,
et son ventre avait gonflé.
Au fil des années,
il avait cessé de s'épanouir,
prisonnier de la froideur de cette vie bourgeoise.
Mais au fond de lui,
il souhaitait rompre avec ce rythme inhumain,
et partir à la recherche du temps perdu.
Tel était le souhait qu'il cultivait secrètement.
Comme ce grand chef,
j'ai toujours privilégié mon travail
au détriment de ma famille.
Résultat,
je me retrouve aujourd'hui à vivre dans un hôtel capsule.
Et maintenant, commençons notre histoire,
celle de deux mondes totalement différents qui,
bien qu'opposés à maints égards,
finiront par ne faire qu'un.
Bienvenue !
Merci d'avoir patienté, installez-vous ici.
Un miso rāmen, oui.
Un miso rāmen, s'il te plaît !
RAMEN ITTETSU
Un instant, je vous prie.
Dégagez d'ici !
Sais-tu combien ma fille a souffert à cause de toi ?
Il y a tout ce que tu aimes, dedans.
Merci.
Désolé...
Le prochain train part demain matin,
à 6 h 20.
Demain matin.
Demain matin, demain matin...
Trop petit,
mais terriblement confortable !
Vous aussi, vous venez pour la fête des Lumières ?
Allez-y, entrez.
Pas trop chaud,
trop bon !
Ma première rencontre avec cet illustre chef
a eu lieu ce soir-là.
Je lui ai parlé de ma vie sacrifiée au travail
et des quelques misérables petits honneurs,
péniblement arrachés.
J'ai donc littéralement vidé mon sac
et le pèlerin-diabétique qu'il était
ne comprenait pas un traître mot de ce que je lui racontais,
mais quelle importance...
Car comme tous les clients qui séjournent dans cet hôtel,
nous partagions ce soir-là un moment de solitude commune.
Je n'ai pas vu ma fille depuis cinq ans.
Elle refuse de me voir,
mais comment pourrais-je lui en tenir rigueur ?
Le temps passé avec ma fille
se résumait à 37 minutes par jour en moyenne,
quand je passais 9 h 13 avec mes collègues et mes clients,
sans inclure le temps passé au bar avec eux.
Ce quotidien insipide m'a englouti.
La vie est si courte.
Oui,
la vie est bien trop courte.
Comme toujours,
c'est l'estomac
qui venait au secours des cœurs attristés.
Trop de sel !
Loterie perdue !
Je ferai mieux la prochaine fois...
Une minute.
- Bye-bye, "Mister Too". - Au revoir, oui !
Attendez un peu.
Une minute...
Ma carte de visite.
À bientôt !
OK, je vous en prie.
C'est automatique.
S'il vous plaît !
Laissez, c'est automatique.
Bonjour.
GALERIE TANUKI
Bienvenue !
Par ici, je vous prie.
Vous parlez anglais ?
Non, désolée ! Pas d'anglais !
Toutes nos soupes de nouilles sont pleines d'umami.
Ça, ça et ça, c'est de l'umami.
Pourquoi pas un shôyu rāmen, la recommandation du chef ?
Shôyu rāmen et comme boisson ?
Bière ? Saké ?
Un instant, s'il vous plaît.
Allô ?
Aujourd'hui,
avez-vous vu
un Français, un ami du chef ?
Effectivement,
j'ai devant moi un client français, mais...
Un instant, s'il vous plaît.
Euh... c'est pour vous.
Allô ?
Ah oui... Je vais appeler ma fille, elle parle français.
Tu en as mis du temps !
Bah...
J'allais me coucher.
Désolée... Tu peux parler à un client en français ?
Il a un problème, mais je ne comprends rien.
Je n'ai pas parlé français depuis des années.
Demande plutôt à grand-père.
Il est en cuisine,
je ne veux pas le déranger.
S'il te plaît, il a vraiment l'air perturbé.
Allez, je t'en prie.
Ça a l'air très important.
Passe-le-moi.
Oui !
Apparemment,
il voudrait discuter avec grand-père.
Pourquoi ?
Lui dire que c'était bon.
Merci, tu peux aller te coucher.
À plus tard.
Attendez, je reviens.
Victime de harcèlement sur les réseaux sociaux,
la jeune femme eut les ailes arrachées,
et ses ailes
s'échouèrent délicatement sur le sol, au son d'une triste mélodie.
De son côté,
Nino refusait d'utiliser le téléphone portable.
Avide de liberté,
il résistait au consumérisme
et au monde version 2.0.
Mais parfois,
ce genre d'idéal n'est pas à l'abri de petites contradictions.
C'est ce monsieur.
Il dit avoir énormément aimé tes rāmens.
Merci beaucoup.
On ne prend pas les cartes.
Je vous en prie,
laissez-moi vous inviter.
Ça ira, ne vous en faites pas.
Désolé...
Merci de votre gentillesse.
J'ai bien cru qu'il ne partirait jamais.
Il avait l'air déçu, le pauvre.
Ne t'inquiète pas pour lui, c'est un immense cuisinier.
Peut-être le meilleur au monde.
Mais alors, tu le connais, papa ?
Il avait terminé deuxième au concours que j'ai remporté.
Tu étais encore dans le ventre de ta mère.
On ne peut pas le laisser comme ça.
S'il est venu te voir,
ce n'est sûrement pas pour rien.
Je vais le retrouver.
Non, attends !
- Tu écoutes ? - Je suis dans le bain.
Désolée.
J'ai encore besoin de toi !
Quoi encore ?
Nous devons aider le Français !
Pourquoi ?
Je l'ai perdu.
Allô, maman ?
Je suis toujours là...
Ah ! Je crois le voir !
Fais attention.
Attendez !
Pardon.
Je suis navrée pour l'accueil de mon père.
Je vous prie de l'excuser.
Tout ce qui lui rappelle ma mère,
l'attriste et le paralyse.
Tenez.
Il veut découvrir l'umami.
C'est pourquoi il est ici.
C'est stupide, c'est une blague ?
Il trouve aussi que c'est un peu misérable.
Misérable, comme ton livre préféré ?
C'est ça.
Les Misérables , ça ne parle pas d'umami.
Bon, c'est fini ? Je suis dans mon bain.
Désolée, merci.
Ah, une dernière chose.
Dis-lui
de revenir au restaurant demain soir.
Je vais convaincre ton grand-père.
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