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D'APRÈS LES ROMANS D'ISAAC ASIMOV
IL Y A 610 ANS
Il y a bien longtemps,
mais pas bien loin,
un petit prince choyé vivait dans un grand et ancien palais.
43, 44.
Sa mère était une brillante impératrice,
et son père régnait à ses côtés. Ils ne le savaient pas encore...
Cléon ?
... mais ils étaient les derniers de la dynastie Entun.
- Oui, mère ? - Que fais-tu ?
Je compte les visages.
Tout l'Empire adorait le prince.
Il avait reçu un prénom qui signifiait "célèbre".
303...
On lui avait dit
de ne pas trop s'éloigner,
mais son jeu l'entraînait toujours plus loin.
308.
300...
Il y a quelqu'un ?
Il se retrouva dans un couloir
que personne n'avait emprunté depuis des milliers d'années.
310.
Venez-vous me libérer ?
Attendez !
J'ai des histoires en moi.
Beaucoup d'histoires.
En voulez-vous une ?
Alors les êtres mécaniques
surent qu'ils devaient se cacher.
Les grands se cachèrent dans de grands espaces
et les petits, dans de petits espaces.
Les genoux repliés...
La femme segmentée de la pièce dérobée
fut le premier secret que le prince cacha à ses parents.
Il revenait souvent pour l'entendre parler de l'expansion de l'Empire,
des Guerres robotiques, d'une planète appelée Terre.
Elle restait la même, mais, bien sûr,
le prince grandissait.
C'est quoi, ce nom, Demerzel ?
C'est un prénom de femme, car j'en ai l'apparence à présent.
Un prénom ancien, mais pas mon premier.
Quel âge as-tu ?
Je vous l'ai déjà dit, un peu plus de 18 000 ans.
Tu es une menteuse.
Rien ne dure aussi longtemps.
Tu prétends ne jamais dormir.
Je ne dors pas.
J'attends.
Tu m'attends ?
Vous êtes le seul à venir.
Il y a un mécanisme pour te reconstituer.
J'aimerais beaucoup être libre.
Si je le faisais,
alors tu serais plus libre que moi.
Ça semble injuste.
- N'est-ce pas ? - Cléon.
Vous êtes contrarié, cela vous rend désagréable.
Que s'est-il passé ?
Ma mère est morte.
Je suis navrée.
Je suis empereur depuis une heure.
Au matin, on va m'enchaîner au trône.
Ce n'est pas une peine de prison.
Vous avez le pouvoir de façonner l'Empire à votre guise.
On ne me dit pas ça.
Traditions, alliances... Troubles dans le secteur du Cheval d'or.
J'ai peiné à échapper à mes conseillers.
Je ne reviendrai peut-être plus.
Je vois.
Avez-vous confiance en eux ?
Sans doute.
Je ne veux pas y penser.
Il y a bien longtemps,
mais pas bien loin,
je dirigeais des soldats.
Après avoir perdu une célèbre bataille,
j'ai été faite prisonnière
et amenée devant l'empereur Aburanis.
Comme vous, il venait d'accéder au trône.
Mais il ne vous ressemblait en rien.
Ce n'était pas un Cléon.
Il n'illuminait pas la pièce.
Il était fasciné par une femme-machine.
Il faisait des incisions
et étudiait ce qu'il trouvait.
Il adorait aussi regarder mon visage,
pour voir mes réactions.
À l'évidence, il aimait imaginer que je souffrais.
Je faisais couler des larmes,
qu'il appréciait autant que le savoir.
Enfin,
il comprit qu'il allait mourir
et que je resterais.
Et que moi aussi, j'avais été attentive et appris de lui.
Il craignait que j'utilise ce savoir pour relancer la guerre.
Alors il créa ce mécanisme pour que je ne sois jamais libre.
Je ne comprends pas.
Il ne t'a pas détruite ?
Je suis rare.
Peut-être unique.
La clé pour en fabriquer d'autres.
Cléon,
vous êtes unique, vous aussi.
Plus sage que votre prédécesseur.
Vous avez plus de pouvoir qu'on ne vous le fait croire.
Si vous vouliez me libérer, me mettre à vos côtés, vous le pourriez.
Tu veux sortir d'ici.
Non. Cléon...
Ne m'appelle pas comme ça !
Je suis l'Empire !
Tu ne me reverras plus.
Il revint, bien sûr.
Demerzel était son plus grand secret et sa seule amie.
Cela ne lui semblait pas juste de la laisser nue
et en morceaux.
Ça a marché ?
Tu vas bien ?
Je suis entière.
Merci, Cléon.
Pas la liberté. Seulement...
la reconstitution.
C'est une amélioration appréciable.
Je t'ai apporté ceci.
C'est magnifique.
C'est parce que j'ai besoin de toi que je ne peux pas te libérer.
J'ai passé 5 000 ans dans cette pièce.
Qu'importent quelques décennies de plus.
Tu es convaincue que je te libérerai ?
Vous voulez quelque chose.
Tu dis que les histoires sont des fardeaux
si on ne les raconte pas.
Ça fait longtemps que tu ne m'en as pas raconté.
Il y a bien longtemps,
mais pas bien loin,
j'ai rencontré une concubine à la cour.
Chaque nuit,
une fois que le roi et elle avaient pris leur plaisir,
elle me le racontait comme si c'était sa première fois.
Et chaque matin,
quand elle se réveillait,
elle avait tout oublié,
comme par magie.
Et ainsi,
le roi avait chaque nuit dans son lit une vierge ravie.
Elle était danseuse à la cour et avait une grâce naturelle.
Alors, même ses gestes inexpérimentés pour le satisfaire...
Les histoires de Demerzel
étaient de plus en plus explicites pour éveiller le désir du prince.
Elle disait qu'il la libérerait un jour,
et il finit par croire que c'était vrai.
Elle avait raison, bien sûr,
mais cela prit de nombreuses années.
Bonjour, Cléon.
Félicitations pour votre mariage.
Je l'ai annulé.
Mes conseillers sont furieux.
Vous n'êtes plus tout jeune.
Vos sujets espèrent un héritier depuis longtemps. Pourquoi ?
Elle n'était pas toi.
J'ai pensé à l'empereur Aburanis
et à ses années passées à chercher à te garder prisonnière.
J'ai fait le contraire.
J'ai exploré la galaxie pour trouver ce qu'il me faut
et acquérir le savoir nécessaire
pour te libérer.
Cela vient de la Terre.
C'est un cadeau de fiançailles, si tu veux bien de moi.
Il faut un héritier.
J'ai une solution.
Mais d'abord...
Il y eut un instant, alors,
où elle fut réellement libre.
Un instant en 5 000 ans.
Elle aurait pu lui briser le cou,
mais elle ne le fit pas.
En faisant ce choix,
elle perdit tout.
Cela va me permettre
de te laisser
circuler librement.
Il me semble que tu étais liée par des lois.
La première loi
t'interdisait
de faire du mal à des humains.
C'était le cas, autrefois.
Voilà.
Maintenant...
peux-tu...
m'embrasser ?
Bien.
Bien.
Maintenant, peux-tu me faire du mal ?
Vas-y.
Qu'avez-vous fait ?
Essaie encore.
Tu peux faire du mal à des humains,
mais pas à moi.
Cela t'empêchera aussi de t'extraire
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