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LA FILLE
Excusez-moi, savez-vous où est le jardinier ?
Le jardinier...
Merci...
- Bonjour... - Bonjour...
Je m'appelle Giulio Marengo. Je viens de Rome pour...
poser une question un peu délicate.
Je connais très bien ce jardin
et je me souviens de... d'une statue de Diane.
Oui, bien sûr. Elle est là-bas. En bas.
Voilà. Je réaménage le jardin de Carracci, ici à Florence.
Il a vu la statue de Diane. Il en est obsédé et... il veut l'acheter.
Ici, rien n'est à vendre, pas même une feuille morte.
- Au revoir, Osvaldo. - Au revoir chérie.
Tu sais que le bus est déjà parti, comment vas-tu rentrer ?
- J'ai déjà prévu. - Où allez-vous ?
- À Florence. - Si vous patientez, je peux vous emmener.
Je ne suis pas patiente !
Pouvez-vous me conduire à Florence ?
- Vous avez changé d'avis ? - Oui. Vous m'avez reconnue ?
Ce n'est pas difficile.
Allez, montez.
Je venais ici pour me concentrer sur mon livre,
mais si j'ai lu une page, c'est bien tout.
Que pensez-vous de la mort des cyprès ?
Seulement... qu'ils sont en train de mourir.
Parce que j'ai remarqué que vous étudiez la botanique.
La Toscane risque de changer, non ?
Je pense que c'est mieux d'avoir un paysage
plus naturel, avec moins d'histoire. En bref,
moins fabriqué.
Je n'ai jamais été à la Galerie des Offices, et ça m'est égal.
Je connais la réponse à la question d'une amie.
On en est resté aux musées ou on a tourné la page ?
J'ai tourné la page.
Super. Qu'a demandé votre amie ?
Ce qui est le plus attirant chez un homme, pour moi.
Et... c'est quoi ?
Avant, j'hésitais entre trois ou quatre choses.
Mais maintenant... je sais.
- Les mains. - Les mains... ?
Les mains ont un langage.
Elles disent ce que vous ressentez.
Tout à l'heure, quand vous parliez des cyprès...
vous ressentiez un fort désir de me toucher.
Je n'avais pas remarqué.
Elles veulent... elles veulent me toucher.
Peut être...
Attendez une minute, je dois vérifier quelque chose ici.
Qu'y a-t-il, avez-vous si peur de moi ?
- Je reviens tout de suite. - Attendez. Juste une caresse.
Excusez-moi.
Prenez ça. Là, vous aurez une bonne explication.
Je suis le type avec les mains.
Vous aviez raison. Elles étaient impatientes de vous toucher.
Pourquoi vous êtes-vous enfuie ?
Je vous expliquerai quand on se verra.
Désolé.. Je ne sais pas...
Non, tant pis. Je vais au lit. Je ne vous ai même pas vu.
- La maison est pour nous deux. - Je vois.
Elle m'a dit de revenir plus tard, mais j'étais fatiguée de marcher.
Et en plus, il fait froid.
Sacré caractère. Enfin... vous êtes tous les deux très jolies.
Quand c'est son tour,
elle dort dans la salle d'attente des 1ère à la gare.
Mais j'ai peur de tous ces hommes excités.
Ces types qui achètent des magazines, et vont se masturber aux toilettes.
Pourquoi tous ces vieux ?
Elle aime les observer... les étudier.
Comment vous appelez vous ?
- Qui, moi ou elle ? - Les deux.
Francesca et Cecilia.
Dites-lui qu'à midi, je serai au Caffé Rivoire.
Cecilia, vous le ferez ?
Et quel est votre nom ?
Giulio.
Alors j'ai commencé des cours à l'Institut de la Restauration.
Je travaille toujours dans un magazine. Mais même ça, de moins en moins.
Je suis devenu un magicien !
Je l'ai toujours été.
La vérité, c'est qu'après l'inondation, j'ai été très occupé.
Les gens ont peur des voleurs.
Ils portent à la banque les cadres cachés au sous-sol...
ils sont endommagés et j'essaye de les restaurer.
- Et toi ? - Je suis au milieu de ce désastre...
je continue à m'occuper des arbres, des jardins, des fleurs.
De nos jours, c'est un privilège.
Oui, parce que les choses sont...
Café ? Deux cafés.
Oui monsieur.
Tu es marié ?
Oui, tu m'as même envoyé un cadeau de mariage.
- Non... - Si, une peinture, une tempera.
"Les canards" ! Si tu savais comme je l'ai cherché
et il se trouve que tu l'avais déjà.
- Je peux l'acheter ? - Non.
Tu l'aimes, non ?
Pas moi, mais ma femme, oui.
- Ça fait un siècle qu'on ne s'est vus. - Vraiment.
- Tu m'écoutes ? - Bien sûr que non ?
- Salut Lorenzo. - Hello Francesca.
C'est le dernier petit ami de Francesca.
Tu la connais depuis longtemps ?
Non, je l'ai rencontrée hier.
J'étais Villa Garzoni, cherchant une statue pour un jardin...
Tu sais qui c'est ? C'est la fille de Fosca.
- Fosca qui ? - Comment ça, qui, ton grand amour !
Il y a vingt ans... ou plus. Tu ne te souviens pas de Fosca ?
Ah, si, Fosca... Fosca ! On sortait toujours ensemble tous les quatre.
Toi avec la grosse... comment s'appelait-elle ?
Teresa. Si tu la voyais aujourd'hui, un désastre.
Elle est devenue une commère. Névrosée comme jamais.
Et penser qu'elle était si... belle, douce, exubérante...
Et au lit... !
- Et Fosca ? - Tu ne sais pas ?
Elle est morte il y a 5 ou 6 ans.
Bien sûr, ça fait un siècle que tu as disparu.
Elle est encore plus jolie que Fosca.
D'un autre côté, elle ne te ressemble pas beaucoup.
Heureusement pour elle, la pauvre !
Elle ne me ressemble pas beaucoup ? Que veux-tu dire ?
Non, je ne dis pas ça. C'est Teresa qui insiste là-dessus.
Insiste sur quoi ?
Mais, non... c'est pour plaisanter...
Arrête d'insinuer des choses...
Mais dis-moi ce qu'elle dit...
Mais... Teresa dit n'importe quoi.
Sur moi, elle dit des choses horribles que tu n'imagines pas.
Elle peut dire ce qu'elle veut sur toi.
- Ça n'a pas d'importance ! - C'est une excentrique...
D'ailleurs, je me souviens parfaitement.
Un mois après, elle n'est pas partie avec ce type de Trieste ?
Un ingénieur... dans la construction, il avait des affaires à l'étranger.
- Oui. - Et puis ?
Elle l'a suivi en Afrique ou quelque part dans le Tiers-Monde.
C'est là que Francesca est née.
Il a construit des ponts et des routes... Je ne sais pas.
Fosca est retournée à Florence après quelques années.
Elle l'a quitté, en prenant la fille... Francesca. C'est naturel.
Mais tu insinuais des choses comme quoi...
Teresa ? Tu penses toujours à elle ? C'est un des grands récits de Teresa.
Tu ne peux pas savoir si elle est ta fille ou non. Oublie ça.
Fais-moi confiance.
Elle ne l'est pas.
Francesca est né le 10 Juillet, un an plus tard.
Je le sais très précisément.
La vie est un boomerang, mon cher Giulio.
Tu fais des bêtises et zing ! Ça te revient en pleine figure.
Et Lorenzo ? Tu l'as vu dernièrement ou tu lui as parlé ?
Pas besoin de me mentir.
Comme tu le sais, depuis qu'il m'a quittée...
que je l'ai quitté,
il est devenu une merde !
Toujours rancunière ? Après toute une vie.
C'est toujours un scélérat, et vicieux.
Revenons-en à Fosca.
Tu réalises que tu as inventé une histoire de toute pièce ?
Je me souviens très bien, avant qu'elle parte avec ce type,
j'ai rencontré Fosca, elle était enceinte de 6 mois
et je lui ai demandé si l'enfant était le tien.
Et si elle était avec ce type de Trieste depuis longtemps ?
Bien sûr... cet escroc qui a construit tous ces ponts qui se sont effondrés,
mais j'ai toujours pensé que c'était toi le coupable !
Parce que tu es exactement du même type que Lorenzo.
Une fois, dans le champ, tu m'as forcée à faire l'amour avec toi.
- J'étais saoul... Pas suffisamment pour pouvoir faire l'amour...
Et qu'a dit Fosca : oui ou non ?
Elle n'a dit ni oui ni non.
Elle a juste souri.
Superbe... merci.
Malheureusement, mon fils est amoureux de cette statue.
Je sais, je jure que j'ai fait tout mon possible.
Je l'ai déjà dit à votre fils, une statue comme ça
ne peut pas être achetée, je ne sais pas comment...
C'est délicieux !
- C'est votre fille ? - Qui ? Non, non.
Et voilà. Vino Santo et biscuits.
- Pas pour moi. - Sur le compte de la maison.
Tu aimes les oranges ? C'est bon pour la peau.
Pas que pour le visage. Et pour le reste ?
Francesca, arrête ça...
Je vais y aller...
Non, reste encore un peu, je vous ramène toutes les deux.
Parlons un peu...
Nous ? Tu n'as pas ouvert la bouche depuis une heure.
à part pour les saucisses, et tu as mangé la moitié de mon steak.
Je sais. Vous les jeunes, un sandwich,
un peu de vin et une mobylette vous suffisent.
Vous ignorez la 'culture de la table'.
Mais elle doit y aller.
Je m'en vais.
- Je ne rentre pas ce soir. - OK.
- Je peux avoir du feu ? - Bien sûr.
Ton amie est charmante.
Tu me regardes, tu regardes au loin...
comme si tu étais flic.
Explique pourquoi tu as insisté pour que Cecilia sorte avec nous ce soir.
Rien d'étrange à ça.
Tu voulais éviter d'être seul avec moi. Pourquoi ?
Non, j'aime être avec toi.
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