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Published on: 2021-03-14
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The first 200 lines.

Mesures de sécurité : - Portez un masque et une blouse

- Jetez vos gants avant de partir - Emporter des objets est déconseillé

Le docteur Crest est prié de contacter l'accueil.

T'es qui, toi ?

Désolé, il y a des interférences.

Tu veux réessayer ?

Je disais

que je m'appelle David Bennett.

Je suis ton "pote".

Du Centre d'aide homosexuel.

Assieds-toi.

Eh ben,

ils t'ont filé un beau costume pour ton entrée en scène.

Ils m'ont dit de porter ça pour ma sécurité.

J'aurais pas dû ?

Tu sais ce qu'on dit.

"Si l'on vous donne du papier ligné, écrivez du côté où il n’y en a pas."

J'avoue m'être senti un peu bête en enfilant tout ça.

Mais c'est ma première fois.

Tu fais du bénévolat ?

Oui.

Pourquoi ?

Je sais pas vraiment.

Je veux dire, je suis gay, mais j'en fais pas tout un plat.

Aucun de mes amis n'a le sida.

Steve, mon copain,

a deux amis qui en sont…

Morts.

Tu peux le dire. Je vais pas m'effondrer.

Je savais pas quoi t'offrir.

C'était sur un coup de tête.

J'adore ça !

Un excellent coup de tête.

Qu'est-ce qui t'a poussé à devenir mon pote ?

Le destin ?

Non.

L'idée m'est venue à la lecture d'un livre.

Oh non, me dis pas que t'es l'un de ces écrivains gays !

Mais non ! Je suis maquettiste.

Indépendant.

C'est vrai que les typographes ont la cote en ce moment.

Je suis pas typographe.

Je suis maquettiste. Pas du tout la même chose.

Je réalise la maquette d'un livre

qui s'intitule "The AIDS Reader". Il comporte des articles

sur la découverte du virus HTLV-3,

les quarantaines imposées en Angleterre,

la confidentialité des tests sanguins,

les projections statistiques de survie et de mortalité.

Ainsi que des témoignages de personnes licenciées à cause du sida

et éjectées de leur appartement.

Il y a un article sur le concept de pote bénévole.

Comme mes horaires sont flexibles,

j'ai appelé le Centre gay pour me porter volontaire.

Il s'est endormi, juste comme ça ?

Je parie que tu lui parlais de ton métier.

C'est exact.

Mais il est gavé de médicaments.

Je pense qu'il était crevé, tout simplement.

Il a l'air de quoi ?

Sympa.

Intelligent.

On est tous les deux nerveux.

Surtout moi.

Tu regrettes ta décision ?

Il n'est pas comme ce à quoi je m'attendais.

Et tu t'attendais à quoi ?

À quelqu'un qui aurait vraiment besoin d'aide.

Je sais même pas ce que je suis censé faire pour lui.

J'imaginais qu'un sidéen aurait un air plus grave.

Il n'est pas déprimé, c'est déjà ça.

Je sais. Ça doit me faire bizarre parce que c'est ma première fois.

- J'y vais. À ce soir ! - Ça marche.

J'ai décidé de consigner mes visites.

Afin d'exprimer ce que je pense vraiment de Robert et du fait d'être son nouveau pote.

Parce que j'ai déjà commencé à faire ce que je fais tout le temps avec Steve,

mes amis et moi-même :

modifier ce que je pense pour que ce soit acceptable.

Je vais faire de mon mieux pour écrire la vérité dans ce journal.

Premièrement, je ne pense même pas apprécier Robert Willow.

Son air prétentieux, son petit

"Si l'on vous donne du papier ligné, écrivez du côté où il n’y en a pas".

Deuxièmement, je pense que Steve a déjà remarqué au son de ma voix

qu'une partie de moi regrette mon bénévolat.

Je me sens fleur bleue de vouloir offrir mon aide.

J'ai l'impression de le faire pour moi.

Je n'ose ni faire marche arrière,

ni expliquer ce que je ressens à Robert

ou à Lynn, au Centre.

Je vais donc m'accrocher.

Désolé de m'être endormi l'autre fois.

T'en fais pas.

C'est bon ?

J'ai horreur des carottes.

Quand ont-ils installé le cathéter ?

Tôt ce matin.

Mais j'imagine que c'est que pour aujourd'hui.

Un nouvel antibiotique.

Bouger le bras me fait mal à cause de l'aiguille.

Et je me sens mal à l'aise.

Tu me nourris alors que je ne te connais pas.

Eh bien, je m'appelle David Bennett.

J'ai 25 ans.

Je suis né à New York.

Je parlais pas de ça.

Qui es-tu ?

Demande-moi ce que tu veux savoir.

Quand as-tu su que t'étais gay ?

C'est trop personnel ?

Ouais.

J'y ai jamais pensé.

C'est une drôle de question.

Pourtant, c'est la base.

C'est l'identité véritable d'une personne.

La sexualité est ce qui nous fait fonctionner.

Ce qui nous réchauffe ou nous refroidit.

C'est là que réside la passion.

C'est pas tout, mais c'est une grosse partie de ce que l'on est.

Quand l'as-tu su ?

À l'âge de 9 ans.

J'avais le béguin pour un mec plus vieux,

celui qui lavait nos vitre et arrosait notre pelouse

à San Diego.

À La Jolla, où je suis né.

Bon Dieu, ce qu'il était grand !

Il se baladait en shorts

comme si c'était le roi du monde.

C'est comme ça que je l'ai su.

Et toi ?

Eh bien,

j'avais 16 ans quand j'ai compris que les filles, c'était vraiment pas pour moi.

Je me doutais au fond de moi que j'aimais les garçons.

En terminale, j'ai rencontré Craig Cartwright.

Il était de mon âge et venait de Staten Island.

Là, j'en ai eu la certitude.

Mais personne n'en a fait toute une histoire.

J'en ai parlé à mes parents,

ça a confirmé leurs doutes et c'est tout.

Ça n'a pas duré longtemps avec Craig,

mais j'ai fréquenté d'autres mecs avant de rencontrer Steve.

Tes parents ont l'air cool.

Les miens m'ont renié quand je le leur ai annoncé en 1971.

C'était comme dans ces films muets

où le père jette son fils à la rue en plein orage.

Sauf que dans mon cas, c'était le soleil californien.

J'en veux plus.

L'infirmière a dit que tu devais tout manger. Allez.

T'as apporté d'autres chocolats ?

Non.

Goûte à cet excellent…

Goûtes-y et tu me diras ce que c'est.

Du rat d'hôpital haché.

Tout se passe bien avec Steve ?

Ça fait 5 ans qu'on est ensemble.

Depuis mes 20 ans.

Tu l'aimes ?

Je veux dire, t'es toujours amoureux de lui ?

Trop personnel ?

Même Steve ne me pose jamais ce genre de question.

Et alors ?

C'est parce qu'il connaît déjà la réponse.

Je retire ma question.

Ce que je voulais dire, c'est que je n'ai pas l'habitude

de parler de ma vie privée.

Je l'aime.

Il est à mes côtés depuis si longtemps

que je ne pense pas consciemment à lui.

On est très différents.

Je recherche la sécurité et lui est plutôt extraverti.

Mais on est toujours amoureux.

Comment le sais-tu ?

Est-ce que c'est toujours sexy ?

Tu ne penses qu'à ça !

Au début, Steve aimait plus le sexe que moi.

Mais je me suis rattrapé.

Je sais à quoi tu penses.

À quoi ?

Depuis qu'on est ensemble,

j'ai eu deux aventures.

L'une était avec son meilleur ami.

Mais c'était il y a quatre ans.

Je suis fidèle depuis.

Et, à ma connaissance, Steve l'a toujours été.

Qu'est-ce qu'il y a ?

C'est la question que j'allais poser !

Qu'entends-tu par renié ?

Maman, quand ils ont appris qu'il était gay,

ils ont coupé les ponts.

Mais il est malade ! Peut-être mourant !

Quel genre de personne peut…

Tout le monde n'a pas les mêmes valeurs, maman.

Un fils est un fils, quoiqu'il arrive.

Tu devrais trouver leur adresse pour aller les voir.

Robert est un grand garçon.

Tu es son pote à présent. C'est peut-être à toi de t'en charger.

Écris-leur. Organise des retrouvailles.

Deux billets pour New York, deux places pour "La Cage aux folles"

et direction l'hosto pour la grande réconciliation ?

Ne sois pas sarcastique. Tu sais ce que je veux dire.

S'ils avaient voulu venir, ils l'auraient déjà fait.

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