The first 200 lines.
Pologne de l'est, 1932
Inspiré d'une histoire réelle
C'était dans un pays très loin. Je ne sais pas où,
mais c'était loin d'ici.
Un prince avait perdu la raison et se prenait pour un coq.
Un coq ?
- Comme celui-ci ? - Oui.
Il s'était caché sous la table de la salle à manger, tout nu,
et ne voulait manger que du grain.
Et après ?
Le roi appela des magiciens et des médecins pour guérir son fils,
mais sans succès.
Un jour, un sage inconnu arriva,
se déshabilla et se mit sous la table avec le prince,
disant qu'il était un coq.
Le sage finit par convaincre le prince de se rhabiller,
et de s'asseoir à table pour manger avec les autres.
Le sage lui dit : "Ne pense pas
"qu'en mangeant comme un homme, avec les hommes, à table,
"un coq cesse d'être ce qu'il est.
"Tu peux faire ce que tu veux avec les hommes dans leur monde
"tout en restant le coq que tu es."
Je suis très fier de toi, Benjamin.
Tu es si jeune et tellement plus intelligent que les adultes.
Tu sais quoi ? J'ai de l'argent.
Tu aimerais manger au restaurant ?
Au restaurant ? C'est vrai ?
Mademoiselle !
Où sont passées les filles dans ce bouge infâme ?
Je peux en avoir encore ?
Hé, le gros ! Surveille ta ligne,
tu risques d'être bientôt plus large que haut. Comme une patate.
Comme un cochon farci.
Hé, le gros, tu t'appelles comment ?
Il n'est pas gros. C'est mon frère et il est fort.
Je suis forgeron. Je m'appelle Zishe Breitbart.
Hé, le gros, je te parle.
Notre gros est juif.
Un gros juif.
Un gros et un maigre.
Le gros juif mange trop et le maigre, pas assez.
Hé, le gros,
pourquoi le petit ne mange rien ?
Tu devrais manger plus, comme ton gros frère.
Bonne idée !
Tu es trop maigre.
Le gros et le maigre,
ensemble, par temps gras ou maigre.
Ouvre la bouche.
Et mange !
Tu me le paieras.
Tu sais combien de bière il y a là-dedans ? Un hectolitre.
Tu sais combien coûte un baril et combien coûte cette table ?
C'était pas sa faute. Les autres ont commencé.
J'aimerais bien vous payer.
On aimerait vraiment,
mais on n'a pas d'argent.
Je devrais appeler la police.
Il existe un moyen de rembourser votre dette.
Le cirque est arrivé. Il est à la porte de la ville.
Dedans, il y a un homme très fort et on offre une récompense
à celui qui se montrera plus fort que lui.
Mesdames et messieurs,
chers enfants,
je suis heureux de vous annoncer
que notre Hercule a un adversaire de taille.
Un jeune homme très fort, c'est certain,
mais en plus de vingt ans,
notre Hercule, notre Colosse de Rhodes,
n'a jamais été vaincu.
Depuis, nous avons augmenté le prix de la récompense,
qui s'élève maintenant à la somme de 5 000 zlotys,
et sera remis à celui qui se montrera le plus fort.
Ce n'est pas sans raison
que les anciens ont proclamé le Colosse de Rhodes
comme étant une des Sept Merveilles du monde !
Et maintenant,
très cher public,
son adversaire de ce soir, Zishe Breitbart,
un forgeron de la ville.
Je peux faire plus.
Yitza, viens. Nous avons un visiteur, un monsieur.
- Que veut-il ? - Je ne sais pas.
Il est arrivé en automobile.
Et malheureusement, je n'ai rien à lui offrir.
Landwehr. Alfred Landwehr.
Enchanté, Herr Breitbart.
C'est votre fils, le colosse ?
- Asseyez-vous. - Merci.
Je suis agent d'artistes de variétés.
Danseurs, jongleurs, magiciens, tout ce qui est très demandé.
Et la demande à Berlin est phénoménale.
J'ai un don pour deviner le talent
chez des personnes qui iront très vite au firmament.
J'étais au cirque, hier, pour voir l'homme fort, et votre fils...
Ne continuez pas. Nous sommes des gens respectables.
Un juif ne fait pas ce genre de chose.
Les gens les plus talentueux du cinéma, du théâtre sont...
Je n'ai jamais songé à partir d'ici.
Je suis forgeron, je dois rester dans notre foyer.
Nos foyers juifs sont comme des livres saints,
ouverts aux yeux de Dieu.
Le jour de l'expiation, même le poisson tremble dans le ruisseau.
Au printemps, pendant notre Pâque, les arbres se réjouissent.
Vous êtes comme un marchand avec des étagères vides,
sans rien à vendre.
Mon enfant,
il faudra que tu ailles à l'université.
Tu l'as dit d'une très jolie façon.
Vous savez quel âge il a ?
Neuf ans.
Ce petit garçon n'a que 9 ans.
Quand je pense que c'est mon frère !
Vous voyez comme mon frère est extraordinaire.
Bonjour, mesdames et messieurs.
- Vous allez bien ? - Oui, merci.
Tant mieux. Moi aussi.
Bonjour, Herr Landwehr.
Nous parlions de vous.
Vous avez dormi dans votre automobile ?
Il n'y a pas d'hôtel dans les environs.
Vous êtes exceptionnel.
Je le suis quand j'ai remarqué un talent exceptionnel.
Venez avec moi, uniquement pour la journée.
J'ai quelque chose à vous montrer.
Je ne peux pas partir, j'ai du travail.
Votre père vous donnera une après-midi.
Mon fils peut prendre ce genre de décision tout seul.
Vous serez intéressé par ce que je vais vous montrer.
Regarde, Zishe,
toutes ces automobiles.
Toutes les automobiles du monde sont à Berlin.
Il y a plus que ça, même. Regarde la suite.
Un appareil volant ! J'en ai vu dans des livres.
Il transporte beaucoup de monde.
Les aéroplanes ne seront jamais aussi performants.
Benjamin, réveille-toi.
Je suis réveillé.
Je réfléchissais.
Moi aussi.
Tu crois que Dieu donne un don à chacun de nous ?
Bien sûr.
Dieu m'a rendu fort.
Tu ne penses pas qu'il l'a fait pour une raison ?
Un forgeron doit être fort.
Mais je suis plus fort qu'un forgeron doit l'être.
Parfois on ne comprend pas
pourquoi Dieu fait ce qu'il fait.
C'est ce que je dois découvrir.
Quoi ? Dis-moi.
Le livre des prophètes dit :
"Ménage-moi afin que je retrouve la force
"avant que je ne parte d'ici
"et que je ne sois plus."
- Alors ? - Alors quoi ?
- Qu'est-ce que tu en penses ? - De quoi ?
Berlin.
Laisse-moi en parler au rabbin d'abord.
Mais avant tout ça, nous devons fêter notre Pâque.
Lorsque nous avons fui l'Egypte,
nous n'avions pas de pain.
Chana, que s'est-il passé quand on est arrivés à la mer ?
Dieu l'a ouverte.
C'est cela.
Raphael, combien d'années sommes-nous restés dans le désert ?
Quarante.
Allez-le chercher.
Sous l'oreiller ?
Je l'ai trouvé.
Merveilleux.
Tu en veux combien ?
6 zlotys.
Trois.
Six.
Je remercie notre Seigneur
de m'avoir donné ma femme et mes enfants.
Vous êtes le sel de la Terre
et vous emplissez mon coeur de bonheur.
Aujourd'hui, je remercie Dieu plus particulièrement
de m'avoir donné un aîné si fort.
Zishe, mon fils, tu iras dans le monde,
mais tu n'oublieras jamais qui tu es.
Attendez.
J'ai beaucoup voyagé.
Je suis allé jusqu'à Wilno, mais je n'avais jamais vu ça.
- Vous pouvez m'emmener ? - Où t'emmène-t-on ?
Vous n'allez pas à Berlin, par hasard ?
Viens.
- Tu as faim ? - Tout le temps.
Ma mère n'arrivait pas à me rassasier.
Et tu comptes marcher jusqu'à Berlin ?
J'ai un billet de train, en première classe.
Mais je me le ferai rembourser
et j'offrirai une robe à ma mère.
Il paraît qu'il y a de jolies filles à Berlin.
Des filles comme on n'en voit pas à la campagne.
Tu en rencontreras peut-être une.
J'en ai déjà rencontré une, dans un rêve.
Mais je ne voyais pas son visage.
Je sais que c'est étrange, mais il y avait trop de lumière.
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