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LA CHAMBRE DES TORTURES
Oui?
- Je désire voir Don Medina. - Je suis désolé.
Don Medina ne reçoit pas de visiteurs.
Dites-lui que M. Francis Barnard est venu d'Angleterre pour le voir.
- Que faites-vous? - Ôtez votre main.
Qu'est-ce, Maximilian?
Ce monsieur demande à être reçu, Dona.
- Vous êtes Dona Medina? - C'est moi.
Je suis Francis Barnard, le frêre d'Elizabeth.
Mes excuses. Entrez, M. Barnard.
Pardonnez-moi. Je suis Catherine Medina.
Passerez-vous la nuit ici? Mon frère le voudrait sûrement.
Peut-être, Dona. Puis-je voir votre frère?
ll se repose. ll va mal depuis le dêcès.
Je vois. Quand pourrai-je le voir?
Au souper, peut-être. Si vous nous faisiez cet honneur.
Fort bien. Au souper.
A prêsent, puis-je me recueillir sur la tombe de ma sur?
- La tombe? - ll y en a une, je suppose.
Pas vraiment. Elle est enterrêe en bas.
Coutume familiale.
Je vois.
Pourrions-nous y aller, alors?
Veuillez me suivre.
Quand est-elle morte? ll n'y a pas de date dans la lettre de votre frère.
- ll y a trois mois environ. - J'aurais dû le savoir plus tôt.
- J'ai peur que... - Comment est-elle morte?
Je connais très peu de dêtails. Je ne vis plus ici.
Je suis partie plusieurs mois avant que Nicholas n'êpouse votre sur.
Vous ne savez même pas...
Dieu du ciel...
Quel est ce bruit?
Veuillez me suivre.
Pas par là.
Qui êtes-vous?
C'est M. Barnard, Nicholas. Le frère d'Elizabeth.
- Soyez le bienvenu. - ll se reposait?
Je lui ai dit que tu te reposais.
Je pensais que c'êtait le cas.
Ce bruit, monsieur.
C'est un appareil qui doit être entretenu constamment.
- La raison de votre venue? - Elizabeth êtait ma sur, Don Medina.
J'ai reçu la nouvelle de sa mort prêmaturêe, mais aucun dêtail.
Aurais-je dû rester en Angleterre?
Vous avez raison. Mes excuses, monsieur.
Je suis toujours sous le coup de l'êmotion.
Vous avez le droit d'être contrariê.
Pourriez-vous me montrer la sêpulture de ma sur, à prêsent?
Je lui ai donnê mon accord.
Oui, bien sûr.
A prêsent, dites-moi comment ma sur est morte.
Une longue maladie, monsieur.
- A-t-elle êtê diagnostiquêe? - Oui.
- Par qui? - Le Dr Leon. Un mêdecin rêputê.
Et ses conclusions?
Quelque chose dans son sang.
C'est tout? Quelque chose dans son sang.
Hêlas, oui.
Hêlas, cela ne me satisfait pas.
Suivez-moi.
Pouvons-nous y aller? Ceci est très pênible pour mon frère.
Pour moi, êgalement.
Ce type de sêpulture est une coutume familiale.
Passerez-vous la nuit avec nous?
La nuit. Et plus, monsieur.
Je dêcouvrirai la vêritê.
Merci.
Vous serez à votre aise ici.
Est-ce vous?
Non, c'est mon père, Sebastian Medina.
La ressemblance est incroyable.
Et l'autre est mon oncle Bartolome.
J'ai conscience de votre mêfiance sur la mort d'Elizabeth.
Sa mort continue à me faire souffrir.
- Par pitiê, n'ajoutez pas... - Votre parole n'est pas suffisante.
Trop de choses demandent explication
avant que je puisse vous croire.
Suivez-moi.
Venez.
L'atmosphère est lourde, ici.
Pourquoi m'avoir amenê ici?
C'est sa chambre.
Elle est restêe telle quelle.
Regardez autour de vous.
Cette chambre a êtê meublêe et amênagêe avec amour.
Chaque meuble, chaque dêcoration,
est l'uvre d'un maître artisan d'ltalie, d'Espagne ou de France.
Chaque pays du monde civilisê y est reprêsentê. C'est unique.
J'ai fait tout ça pour elle. Je voulais qu'elle ait...
- Maria. - Dêsolêe, monsieur.
Je faisais le mênage.
Oui, bien sûr. Vous pouvez y aller.
Vous n'avez rien d'autre à me dire?
Vous êtes inflexible, M. Barnard.
Je n'ai pas le choix.
Dieu m'est têmoin, j'ai toujours adorê votre sur.
Sans elle, la vie n'a plus de sens.
Elle incarnait la beautê même.
J'ai tentê de la saisir.
Mais il y avait quelque chose en elle.
Son sourire, sa voix.
Elle chantait comme un ange.
Elle jouait du clavecin comme nulle autre.
Chaque soir, après dîner, elle jouait pour moi.
Veuillez m'excuser.
Je ne voulais pas me mettre autant à nu.
Je voulais juste vous convaincre.
Laissez-moi seul un moment.
Partez.
Vous vivez à Londres, M. Barnard?
- Oui, et vous? - A Barcelone, chez une tante.
- Vous êtes ici depuis longtemps? - Un peu plus d'une semaine.
J'ai rejoint Nicholas parce que...
Qui est-ce?
Comment vas-tu? Tu es pâle.
Mal dormi, n'est-ce pas?
Charles, nous avons un visiteur.
Splendide.
- Exactement ce qu'il te faut. - Charles.
C'est le frère d'Elizabeth.
- Tu veux dire que... - Oui.
Dr Charles Leon, à votre service.
Vous êtes le frère d'Elizabeth. La ressemblance est claire.
Le teint, le même visage. Une superbe femme, votre sur.
- Docteur. - Ma chère.
J'ai interrompu votre repas. Je tombe toujours au mauvais moment.
Nous avons fini. Venez boire un verre de vin avec nous.
Avec plaisir.
- Tout ce chemin depuis l'Angleterre? - C'est cela.
Une tragêdie, la mort de votre sur.
Quoi de neuf à Bastan, Charles?
La routine, Nicholas.
Acheter et vendre, vivre et mourir, ainsi va la vie.
Pourquoi ma sur est-elle morte?
- On ne vous a pas dit? - Bien sûr que si.
Je voulais l'entendre de vous, docteur.
Sa mort êtait inêvitable. Étant donnê les circonstances.
Ce château, cette odieuse atmosphère.
Que vient faire le château là-dedans?
ll est trop tard. Je ne voulais pas qu'il sache.
Sache quoi?
Votre sur est morte d'une crise cardiaque due à un choc absolu.
Elle est littêralement morte de peur.
- Pourquoi ne pas me l'avoir dit? - Pour vous êpargner.
- Vous vouliez me tromper. - C'est faux.
- Que se passe-t-il? - Montrez-moi oû ça s'est passê.
Très bien.
C'est la seule solution.
Nous avons eu tort de cacher la vêritê à M. Barnard.
- Là, nous sommes doublement suspects. - Suspects?
Venez.
Tu ne devrais pas faire ça.
Tu ne vas pas bien.
C'est inêvitable.
Venez.
Eh bien?
- Une chambre de torture? - Oui, M. Barnard.
C'êtait celle de mon père.
Sebastian Medina, l'un des plus infâmes inquisiteurs...
- Assez. - Que faisait ma sur ici?
Elle n'a pu s'empêcher de s'approcher.
Ce bruit que j'ai entendu...
Cet appareil ne fonctionnait pas.
- Quel appareil? - C'est dans une salle voisine.
N'y allez pas. Je ne veux pas en parler.
L'histoire. En dêtail.
- C'êtait l'univers de mon père. - Épargne-toi au moins ceci.
Comment le pourrais-je? N'êtait-ce pas mon père?
Ne suis-je pas la crêature de son sang dêpravê?
Ce n'est pas ta dêpravation. Pourquoi te flageller à cause de ça?
Vous ne m'avez pas rêpondu, Don Medina.
Je ne m'êtendrai pas sur l'histoire de cette chambre blasphêmatoire.
Sachez juste que le sang de 1000 hommes et femmes a coulê en ces murs.
Les membres tordus et brisês.
Les yeux arrachês. La chair calcinêe.
Pourquoi me dire ça? Quel rapport avec ma sur?
Je n'aurais jamais dû l'amener ici.
- Elle êtait trop sensible et consciente. - Consciente de quoi?
L'atmosphère malveillante de ce château. Ça l'a dêtruite.
Ma sur êtait solide et obstinêe,
l'atmosphère n'avait pas d'emprise sur elle.
Vous n'êtes ici que depuis quelques heures.
Vous ignorez ce que c'est de vivre ici mois après mois, annêe après annêe,
à respirer cet air infernal, à absorber le miasme de la barbarie
qui imprègne ces murs, surtout cette salle.
Mais ça ne la dêrangeait pas au dêbut.
Notre vie êtait belle, riche des plaisirs partagês de notre amour.
Je lui apportais le petit-dêjeuner.
L'après-midi, elle posait pour moi pendant que je tentais, en vain,
de saisir sa beautê sur un tableau.
J'ai peint ce portrait que vous avez vu.
Mais il ne rappelle pas cette beautê qui êtait la sienne.
Nous dînions, parfois seuls, conversant intimement,
parfois avec le docteur.
Et chaque soir, Elizabeth jouait pour moi.
La vie êtait simple, tranquille, agrêable.
Puis les tênèbres se sont abattues.
De plus en plus, en entrant dans sa chambre le matin, je la trouvais êveillêe
et dêcouvrais qu'elle n'avait pas dormi.
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