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LES ENSORCELÉS
Studio 5 ?
M. Amiel est en pleine répétition.
Parfait.
Place ton autre main sur ta gorge.
Un appel de Paris, pour vous. C'est Jonathan Shields.
- Qui ? - Jonathan Shields.
- Numéro un ! - La girafe, en un !
Je regrette, mais M. Amiel vient de partir.
Vous êtes ? Un instant, je vous prie.
- Mlle Georgia ? - Oui, Ida ?
C'est lui ! Il appelle de Paris.
Je n'entends rien.
C'est M. Jonathan.
Jonathan Shields !
J'ai dit : Je n'entends rien.
Mlle Lorrison est sortie.
Je l'ignore.
Je ne sais pas où.
Je ne sais pas avec qui.
Ni quand ni pourquoi.
Elle est sortie, voilà tout.
Parlez plus fort, la ligne est mauvaise.
James Lee Bartlow, oui, c'est moi.
De Paris ?
M. Shields ?
C'est lui qui paie la communication ?
Passez-le-moi.
Va te faire voir !
Harry, comment ça va ?
Il a fallu que j'attende d'avoir 60 ans
pour que les plus belles femmes viennent m'embrasser.
Vous, les jeunots, vous ne pouvez pas comprendre.
Fred, quel plaisir. Tu n'as pas pris un gramme.
Et toi, tu es là, même la nuit.
Si l'on veut, j'aime travailler tard.
Jim, ça fait une paie !
Un auteur à succês porte toujours du cachemire.
J'envie ta garde-robe.
Tu es le Beau Brummell d'Hollywood.
Georgia, assieds-toi, je t'en prie.
Fred, prends place.
Jim, bravo pour ton Poulidzer... ou Pulitzer, je ne sais plus.
J'ai vu ton dernier film, Fred.
Três bien, comme d'habitude.
Et toi, beauté, tu m'as fait pleurer.
Bien, j'arrête là les compliments
et je vous explique pourquoi vous êtes ici
et pourquoi Jonathan vous a appelés aujourd'hui.
Jim, tu lui as dit d'aller se faire voir ?
On parle comme ça quand on a eu le Pulitzer ?
C'est la meilleure réplique qu'il ait écrite !
Bon, voici les faits.
Deux ans ont passé, et Jonathan est prêt à produire un nouveau film.
Il a besoin de vous trois. Le scénariste, le réalisateur
et le premier rôle.
Si j'avance le nom de Shields,
je ne récolterai pas un sou pour le financement.
Mais avec le trio Fred Amiel, Georgia Lorrison et James Bartlow,
j'ai deux millions de dollars avant demain.
Je ne vous supplierai pas.
Je ne fais que ça depuis deux ans pour Jonathan.
Je sais que vous refuserez,
mais lui n'en démordra pas.
Dites-vous que vous faites cela pour moi.
Réfléchissez-y le temps que je le joigne.
Passez-moi l'international.
Je souhaite parler à Jonathan Shields à Paris.
Je comprends ce que vous éprouvez.
Vous avez déjà tellement fait pour lui.
Et lui sans doute autant pour vous.
Fred, tu l'as connu le premier.
Votre rencontre remonte à quoi ?
- Quinze, seize ans ? - Dix-huit.
Il y a dix-huit ans,
lors de cet enterrement, il était debout à mes côtés.
Comment aurais-je pu savoir ?
Nous voici tous réunis pour rendre hommage
à Hugo Shields, un homme
dont nous gardons en nos coeurs le doux souvenir
et dont nous pleurons amêrement la disparition.
Hugo Shields
a été l'un des pionniers
de notre industrie du cinéma.
Et l'artisan de sa ruine.
Un visionnaire,
un artiste qui a contribué à l'émergence d'un nouveau média.
Un boucher qui aurait vendu pêre et mêre.
Hugo Shields a permis au grand public de découvrir le cinéma.
Nous ne l'oublierons jamais.
Restez calmes, vous aurez votre argent.
Merci, M. Shields.
Vous êtes son fils ?
On vous avait promis 11 $ pour jouer les pleureuses.
C'était ça ou rien.
Suivant.
Le jour même, je suis allé jusqu'à Hollywood Hills.
Il le fallait, je crois.
C'est moi, la grande gueule.
Vous voulez votre argent ou une raclée ?
Mes propos à l'enterrement étaient déplacés.
Je vous présente mes excuses.
Attendez.
Qu'y a-t-il ?
- Vous êtes dans le métier ? - Oui.
- Que faites-vous ? - Un peu de tout.
Je bosse sur des petits budgets tournés en quatre jours.
Je fourgue quelques idées.
Je fais un peu de figuration, des cascades...
Je voudrais passer derriêre la caméra.
Vous ne le faites pas ?
Je vaux bien les nuls pour qui je travaille.
Mais quand il s'agit de vendre mon talent,
je deviens muet comme une carpe.
Pas avec vous, apparemment.
Vous cherchez du boulot, alors ?
Moi aussi.
Entrez.
Il y a un an, j'aurais été millionnaire.
J'aurais hérité du studio de mon pêre.
Mais cette année, les caisses sont vides.
- Et le cortêge, à l'enterrement ? - J'y ai laissé mes derniers dollars.
Mon pêre est mort comme il a vécu, baignant dans la foule.
Mon conseil juridique me dit de changer de nom.
Parce que votre pêre était un salaud ?
Il n'était pas un salaud.
Il en était la définition.
Nous étions incapables de vivre dans la même ville,
mais je l'aimais beaucoup.
Il a signé de grands films. Et je ferai de même.
Vous êtes plutôt mal parti.
Il m'a appris à commencer tout en haut.
Mais là, je suis tout en bas.
- Vous allez vraiment changer de nom ? - Changer mon nom ?
On n'a pas fini d'entendre parler de Shields.
Où habitez-vous ?
Ici, jusqu'à ce qu'on m'expulse.
Je vous embarque.
Au fait, je m'appelle Fred Amiel.
A l'époque, on vivait pour rien. Mais on trouvait peu de travail.
Surtout avec un nom comme Shields.
Parfois, on se contentait d'un western à petit budget
et on mangeait à notre faim.
Allez, les gars, on y va.
Le soir, on était de sortie,
occupés à s'incruster dans les meilleures soirées.
C'est ignoble, ce qu'elle a écrit.
Elle n'aurait pas dû.
Personnellement, je m'en moque. Mais ce qu'elle a dit d'Arturo !
Quand il l'a lu, il m'a giflée ! Et il fait mal !
Je ne suis pas obsédée par le respect de la vie privée.
Les fans ont le droit de nous voir tels que nous sommes.
Mais l'autre fois, à New York, je me suis fait coincer...
J'ai un full et je ne crois pas que vous ayez un carré.
Ça n'arrive jamais, ça.
Pas même dans vos séries B.
Pour moi, vous bluffez.
Taisez-vous et jouez.
L'argent est roi. Je relance de 500.
Je suis.
500...
- Et 500 de plus. - Carré.
Carré de quatre.
Depuis quand ne mentez-vous plus ? Et ne me dites pas "aujourd'hui".
Vous savez...
Harry Pebbel est un sacré joueur de poker.
Mais mon pêre l'a toujours battu.
Et moi, j'ai toujours battu mon pêre.
Pour disputer une partie, il me faudrait...
- Tu n'y penses pas ? - Mais si !
Deux ou trois cents dollars pour les premiêres mises.
Rien de plus facile
quand on met ses ressources en commun.
Quand le jour se leva...
Bonne nuit, messieurs.
Combien as-tu gagné ?
- 500 ? - 750 ?
- 1000 ? - Plus que ça !
6000.
J'ai perdu.
J'ai même perdu 6351 $ , pour être exact.
- Qui a gagné ? - Harry Pebbel.
Bon, je l'admets. J'ai perdu et je vous dois de l'argent.
- J'aimerais pouvoir rembourser. - J'en suis persuadé...
- Je peux vous signer un reçu. - Qu'en ferai-je ?
Vous n'êtes pas le patron ici, mais vous êtes producteur.
- De séries B, certes... - Qui rapportent.
Prenez-moi dans votre équipe. Je commence à 300 $ par semaine.
Comme ça, je pourrai vous rembourser les 6351 $ que je vous dois.
D'accord, c'est bon.
J'en étais sûr.
Tu te prends pour un petit génie parce que tu y vas au chantage ?
Harry ! Quel mot affreux !
Ecoute-moi bien.
Je produis 18 films par an. Des idées, je ne demande pas mieux.
Tu serais venu avec un script au lieu de te ruiner au poker,
je t'aurais engagé aussi.
Mais tu es trop fier pour ça ?
Non, on m'a empêché d'entrer.
- Sais-tu qui m'a fait débuter ? - Mon pêre.
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