The first 200 lines.
Ma mère mourut, j'étais toute petite.
Mon père avait gardé, dix ans, leur gâteau de mariage au freezer.
Après l'enterrement, il le donna au jardinier.
Il jouait à l'insouciant...
mais sa petite étrangère ne le consola jamais.
Espérant recommencer sa vie loin du théâtre de son malheur...
il m'emmena dans le Sud Dakota.
Un dollar si tu manges ce Colley.
Pas pour un dollar.
D'ailleurs, ça doit pas être un Colley.
Gare à la tête!
T'as une cigarette?
Il me filera pas une cigarette.
Il ne parle pas beaucoup.
Ca, non, il est pas bavard.
Qui aurait cru que mon aventure naissant dans cette petite ville...
s'achèverait dans le Montana.
Eh ben, essaye-les.
C'est ta taille, file-moi un dollar.
Neuves, elles en valent 20.
Regarde si elles te vont.
Cette dame règle pas ses factures.
Elle va finir par avoir des problèmes.
J'en ai assez pour aujourd'hui. A demain.
LA BALADE SAUVAGE
Je m'appelle Kit.
Je te dérange pas?
J'ai eu envie de te dire un p'tit bonjour.
J'essaye tout une fois.
- Toi, comment tu t'appelles? - Holly.
Oui, ben, euh... on va se balader?
Pourquoi?
J'ai des trucs à dire c'est pas courant.
Les gens ont plutôt le cerveau embué.
A propos, mon nom c'est Carruthers.
Pas génial, hein?
Ca me va.
On m'a pas demandé mon avis.
On me l'a accroché dans le dos.
Tu vas à l'école?
Non. J'ai un boulot.
Lequel?
Ca m'est égal de me lever tôt. Je ramasse les poubelles.
Ca m'emballe pas trop.
C'est mon père. Il faut que je parte.
Je te revois quand?
Je sais ce qu'il va dire.
- Je peux être franche? - Bien sûr.
On ne doit pas me voir avec un type qui ramasse les poubelles.
Il dira ca?
- Qu'est-ce qu'il y connaît? - Rien.
Plutôt, il veut rien y connaître. Il faut que je rentre.
Qui c'était?
Un type.
Ca va tuer les herbes?
Et il voulait?
Savoir s'il y avait pas un travail pour lui.
J'ai dit "non" et qu'il nous ennuie plus.
Tu connais la nouvelle?
Ca fait les gros titres.
T'es viré.
C'est pas formidable?
Tu parles!
J'ai plus besoin des clés. Je te les range là.
J'ai mon chien.
Tu as déjà travaillé?
J'ai ramassé les poubelles.
Tu as perdu ta place?
Je ne serais pas là, sinon.
Pourquoi es-tu parti?
J'en ai eu envie.
Pour quel travail te crois-tu qualifié?
A la seconde, là, je ne vois rien.
Inscrivez quelque chose pour prouver que je suis passé.
Tiens, tu veux t'occuper de bétail?
Pourquoi pas?
Pourvu qu'il y ait de l'air.
Il avait un de ces charmes.
Il me rappelait James Dean.
Ah, le monde est petit.
J'ai quitté mon travail.
J'ai eu raison, non? Qu'est-ce que tu fais?
De l'espagnol.
Dis-moi : " Quitté mon travail" en espagnol?
Mi trabajo quelque chose.
Je vais devenir cow-boy.
J'y ai réfléchi.
C'est un boulot comme un autre.
Qu'est-ce que t'en dis?
Je ne sais pas.
On se fichera plus de mes bottes.
On prend ma voiture?
J'ai des devoirs.
Emporte-les.
On jette des papiers sur le trottoir.
Si on fait tous ça, ca sera un de ces chantiers!
Tu es rousse.
On t'appelle "la rouquine"?
Oui, mais ça me plaît pas.
Pourquoi?
J'ai mal au crâne.
On se voit demain?
D'accord.
Kit alla au parc à bestiaux. Je poursuivais mes études.
Peu à peu, on commença à s'aimer.
On ne m'avait jamais tellement remarquée à l'école...
et ca m'a étonnée qu'il s'intéresse à moi.
Surtout qu'il pouvait avoir n'importe quelle fille de la ville.
Il disait que j'étais chouette, mais que je ne l'intéressais pas sexuellement...
et que venant de lui, c'était un compliment.
Il avait jamais connu de fille de 15 ans, si adulte...
et si peu godiche.
Il se fichait de l'opinion des gens.
Je lui plaisais.
Je parlais pas trop et ça lui plaisait aussi.
C'est beau, ce coin.
Oui, grâce aux arbres.
Et aux fleurs.
Faut pas les cueillir.
Elles sont si belles.
A toi.
Tout se faisait en cachette de mon père.
Il aurait eu une attaque. Un sale type qui avait dix ans de plus que moi.
Nous ne vivions que pour les précieuses heures que nous passions ensemble...
loin des tracasseries du monde.
J'ai l'estomac qui grouille.
Y a un vieil esquimau. Tu le veux?
Non.
Quelqu'un en profitera.
Ca m'est égal.
Les petits Coréens en mangent bien.
Dans la boue et la puanteur...
il se souvenait de notre soirée.
De ma main qui courait dans ses cheveux.
De mon doigt sur ses lèvres.
Il voulait mourir avec moi. Je rêvais de me perdre dans ses bras.
Ma seule faute de cette période...
c'est d'avoir jeté mon poisson malade.
J'en ai eu un autre. Mais ça me turlupinait. J'en ai parlé à Kit.
Ca ne me gênait pas de lui raconter ca.
Il faisait, lui aussi, des choses bizarres.
Par exemple, il truquait sa signature pour qu'on ne l'imite pas.
Dans son lit, la nuit, il entendait un bruit.
Comme si on appliquait un coquillage sur son oreille.
Parfois, il me voyait approcher en robe blanche.
Je posais ma main fraîche sur son front.
Ca s'est passé comme il fallait?
Oui.
Et c'est tout?
Pourquoi on en parle tant?
J'en sais rien, moi.
C'est fait. Tant mieux.
J'avais peur de mourir avant...
dans un accident de voiture, par exemple.
Tu vois l'arbre là-bas?
L'eau a dû arracher les racines.
Tu te fiches de ce que je raconte.
J'ai une idée.
On devrait s'écraser une main.
Ainsi on n'oublierait jamais ce qui s'est passé.
Ca ferait mal.
C'est bien pour ça, idiote.
Ne me traite pas d'idiote.
Bon, mais je le garde en souvenir.
Un autre, plus léger.
Kit jura qu'il resterait près de moi.
Que rien ne nous séparerait.
Il écrivit le serment, mit le papier et certains objets...
dans une boîte qu'il attacha à un ballon trouvé dans une poubelle.
Le coeur serré, il regarda s'envoler le ballon.
Il dut sentir...
que ces jours de bonheur...
disparaissaient à jamais.
Peu après, mon père découvrit que je le voyais en cachette.
Il entra dans une rage folle.
Pour me punir, il tua mon chien.
Il me fit prendre des cours supplémentaires de musique.
La clarinette réussirait peut-être à me tirer de la rue.
C'est très chouette.
Qu'est-ce que tu viens faire?
Je savais pas que c'était interdit.
Dites, Holly.
Elle représente beaucoup pour moi.
C'est la première fois...
qu'on me demande des comptes sur ma p'tite amie.
D'ailleurs, j'en avais pas.
Sans blague?
Je peux m'asseoir là-dessus?
J'ai beaucoup de respect pour elle.
Qu'est-ce que je pourrais dire?
Rien... merci.
Où finirait-elle si elle allait avec un type comme toi?
Elle serait très bien.
Et sinon, elle pourrait me quitter.
Oui, je ne l'empêcherais pas.
Je dirais que c'était de ma faute.
Je ne veux plus te revoir traîner dans le coin.
Compris?
Fumiste!
Il faut de tout, m'sieur.
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