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UNE SÉRIE INSPIRÉE D'UNE HISTOIRE VRAIE
TURIN 3 NOVEMBRE 1883
Adele ? Où est Adele ?
Vous l'avez vue ?
Arrêtez un peu avec ça.
Adele n'est pas là.
Alors, tu prendras sa place. Va te changer.
Les autres, sur scène, vite !
On a perdu la clé de la réserve.
Voilà le passe-partout. Ramène-le quand tu as terminé.
Du nerf.
LIDIA FAIT SA LOI
Alors ?
Des efforts honorables, mais peut mieux faire.
Peut mieux faire ? Je dois retourner m'entraîner.
LOIS ET DÉCRETS CRIVELLARI - CODE PÉNAL
NOTIFICATIONS D'ACTES JUDICIAIRES
LE CODE PÉNAL POUR LE ROYAUME D'ITALIE
- C'est pas vrai. - Mlle Poët ?
Je dois lui ouvrir, c'est ma logeuse.
C'est ma logeuse.
Allez.
Je sais que vous êtes là.
Mademoiselle !
- J'arrive. - Ouvrez.
Vous êtes avec quelqu'un ?
Non. Vous me l'avez expressément interdit.
Je reste à Turin. On se reverra ?
Tu me plais, mais trouve-toi une fille qui ne te fait pas sortir par la fenêtre.
Tu mérites mieux.
Me voilà.
Qu'y a-t-il ?
Cette dame aimerait vous parler.
- Vous êtes maître Poët, c'est bien ça ? - Oui, c'est moi.
- Je vous dois de l'argent ? - Non.
On m'a dit que vous étiez avocate et que vous étiez abordable.
Moins chère qu'un homme.
En effet.
Excusez-nous, mais nous aimerions parler seule à seule.
Moi, j'aimerais avoir mon loyer.
Bien sûr. Ne vous en faites pas, ça viendra.
Ça viendra.
Mon fils a été arrêté cette nuit.
Ils sont venus le chercher et l'ont emmené à la prison des Nuove.
Ils disent qu'il a tué une fille.
La première ballerine du Théâtre d'Angennes.
Mais il est innocent. Je vous le jure.
Bonjour. Je dois parler à mon client.
Un client ? Et vous le recevez ici ?
Il s'appelle Pietro Baiocchi. Je suis son avocate.
Lidia Poët.
Il est authentique.
Il ne serait pas dans cet état si on ne me le réclamait pas autant.
Tu fais quoi ici ?
Hé, ma belle !
Hé, toi !
Ma jolie !
Salut, poupée !
Regarde-toi !
Quelle beauté !
Baiocchi, ton avocate est là !
Vous avez cinq minutes.
Bonjour, Pietro.
Je m'appelle Lidia Poët.
Ta mère m'a engagée pour te défendre.
Vous êtes avocate ?
Oui, diplômée et inscrite au barreau.
Ne me demande pas mes papiers, on a très peu de temps.
En cas de procès, tu risques la peine de mort.
Depuis combien de temps connaissais-tu Adele Valery ?
Savais-tu qu'elle devait épouser le marquis de Clermont ?
Elle n'aurait jamais épousé cet homme-là.
Elle était amoureuse de moi.
Elle te l'a dit ?
Tu es sûr qu'elle t'aimait ?
D'après le dossier, tu la harcelais.
Elle a demandé plusieurs fois au directeur du théâtre de te chasser.
Je veux bien croire qu'elle t'aimait.
Mais pour convaincre le juge, il me faut du concret.
Certaines choses sont indicibles.
Les gestes, les regards ne trompent pas.
Elle m'aimait.
Elle ne t'a jamais adressé la parole ?
Étais-tu au théâtre le 2 novembre ?
Tu n'as jamais été amoureuse ?
Ça n'a aucun rapport.
Loin d'elle, je brûlais de l'intérieur.
Le jour de la répétition générale, je suis venu la voir.
J'avais fait son portrait.
Elle n'était pas là.
On m'a vu et jeté dehors.
Le temps est écoulé. Vous devez partir.
- Bonjour. - Bonjour.
Quand je t'ai vue inscrite au barreau, je n'y ai pas cru.
- Le monde évolue vite. - Ça fait déjà trois mois.
Je suis sur une grosse affaire.
Que dire ? Fata volentes ducuunt.
Le meurtre d'Angennes.
Rien de tel que de commencer par un désastre.
- Le procureur va te démolir. - Merci bien. Tu m'as manqué aussi.
Salue pour moi ta femme et ta fille,
si elles ne se sont pas entretuées.
Viens me voir, si besoin.
Il faut penser à la réputation de la famille Poët.
Maître Poët.
- Oui. - Oui.
Lidia Poët.
La nuit du 2 novembre, le général Valery a déclaré
la disparition de sa fille Adele.
Le lendemain,
on retrouve la porte de la réserve fermée
et la clé a disparu. Tenez.
En utilisant le passe-partout, ils ont trouvé ceci.
Baiocchi a un esprit trouble, enclin à des fantasmes morbides.
Il s'était entiché d'elle. Il lui envoyait des fleurs, des poésies…
il restait des heures…
Entrez.
M. le procureur.
Connaissez-vous mademoiselle Poët ?
- Elle représente Baiocchi. - Maître Lidia Poët.
Je lui expliquais
que Baiocchi nourrissait une obsession pour elle
jusqu'au soir du 2 novembre où il a croisé la victime.
Il a essuyé un refus et il l'a étranglée.
Je vous remercie.
Les éléments relevés par l'accusation sont clairs.
J'imagine que vous avez recueilli les éléments à la décharge du prévenu.
- Vous voulez m'enseigner mon métier ? - Non, pas du tout.
Si j'avais des éléments à sa décharge, je le dirais.
Bien sûr.
Toutefois, si vous me permettez,
je me demandais si vous aviez demandé à faire relever les empreintes digitales
là où on a découvert le cadavre ?
C'est une procédure toute simple.
Le Dr Henry Faulds a écrit sur ce sujet
dans la revue scientifique Nature.
Je pensais les avoir toutes entendues, mais là…
- "Empreintes digitales", vous dites ? - Tout à fait.
Sauf votre respect, M. le juge, nous perdons notre temps.
Même un assassin comme Baiocchi a droit à une vraie défense.
C'est une plaisanterie ?
Vous craignez de perdre face à une femme ?
Je crains le discrédit que cela pourrait jeter sur la profession,
si même les femmes commencent à s'en mêler.
De toute façon, nous manquons de temps
et de moyens pour relever…
ces fameuses "empreintes digitales".
Puis-je au moins voir le cadavre ?
Rapidement. Le corps doit être rendu à la famille.
Bien sûr. Merci, monsieur le juge.
Et bonne journée à vous deux.
Vous de même.
Le corps est resté dans cette malle pendant plus de 18 heures.
Elle a été étranglée.
L'assassin était sans doute plus grand et plus fort qu'elle.
On voit des traces de corde ici et là.
Il a serré jusqu'à ce qu'elle meure.
Elle est si jeune.
Dix-sept ans.
Dans ce métier, il faudra vous y faire.
Vous lui avez retiré sa bague ?
Quand on l'a amenée ici, elle n'avait rien.
Je vous laisse encore deux minutes, après il faudra partir.
Je vous assure qu'à la cour de l'empereur,
je n'ai jamais vu beauté comme la vôtre.
Vous vous moquez de moi.
Jamais de la vie.
Voilà Lidia. Demandons-lui son avis.
Madame a bien une élégance et un port de tête digne d'une Orientale ?
Que fais-tu ici ?
Votre fiancé proposait de payer vos arriérés.
- Ce n'est pas mon fiancé. - Je peux te prêter l'argent.
Non, merci. Et tu ne peux pas venir sans prévenir.
Elle ne veut rien devoir à personne.
Non, je n'ai pas besoin qu'un homme règle mes dettes.
Excusez-moi, mais je suis fourbue, j'ai à faire
et je ne suis pas autorisée à recevoir.
Oh, voyons.
- Si ce jeune homme veut rester… - Non. C'est le règlement.
C'est vrai. Dans ce cas, je m'éclipse.
Je vous salue et récupère mes affaires.
Madame, je vous l'offre, en signe de mon dévouement.
Toi, tu sais où me trouver.
Autrement, on se voit à mon retour. Bonne nuit.
Je suis navrée.
Demain, je vous assure que j'aurai la somme que je vous dois.
Je l'espère, sinon, il faudra me rendre les clés.
Mademoiselle.
Une lettre pour vous.
Du tribunal.
Merci.
Une bonne nouvelle, j'espère.
Bon sang.
La cour approuve le recours à l'encontre de Mlle Lidia Poët…
et annule son inscription
à l'ordre des avocats du Barreau de la ville de Turin.
La cour a décidé
que la profession d'avocat est un exercice auquel les femmes ne peuvent se frotter.
Il serait inconvenant et déplacé de voir des femmes s'enflammer
dans des discussions dépassant les limites auxquelles le sexe faible est tenu.
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