The first 200 lines.
Depuis ma jeunesse,
je suis obsédé par la quête de la perfection.
Sans doute parce que "perfection" était un mot
que mes professeurs d'architecture répétaient sans cesse.
Jeune architecte,
j'ai développé l'obsession de dessiner des bâtiments beaux,
aux proportions rigoureuses.
Mais il y a vingt ans,
une crise profonde
m'a fait reconsidérer le sens de mon travail.
La vérité est inconfortable : être architecte aujourd'hui,
c'est vendre des créations aux 1 % les plus riches.
C'est injuste d'un point de vue social
et maladroit commercialement.
Il y a 15 ans,
ayant décidé de changer de clients,
nous sommes allés au Rwanda
pour y construire des hôpitaux.
Nous avons vu une maternité
mal conçue qui rendait les mères malades.
Quel paradoxe, n'est-ce pas ?
On sait que voir la nature
aide à guérir.
Dans un hôpital, chaque famille devrait avoir sa vue.
Concevoir des hôpitaux suivant cette logique
a marqué un tournant pour moi.
Mais aider les gens à les construire de leurs mains
a été l'une des expériences les plus enrichissantes
de toute ma vie.
Il y a vingt ans,
après une grave crise personnelle,
j'ai compris que la perfection,
en architecture,
ce n'est pas construire de beaux bâtiments.
Je suis persuadé
que l'architecture peut guérir
si elle se concentre sur l'essentiel
en oubliant tout le reste.
Comme l'a dit Antoine de Saint-Exupéry,
"La perfection est atteinte,
non pas lorsqu'il n'y a plus rien à ajouter,
mais lorsqu'il n'y a plus rien à retirer."
Merci.
Merci ! Je suis ravie.
Jean !
Pour Concha.
Voilà.
Je vais devoir vous enlever M. Angust,
sinon il va rater son avion.
La voiture est là.
Merci d'être venu à Paris. Tu n'aimes pas ça.
Vous ne voyez jamais le soleil !
Tu la portes encore ?
Je ne peux pas l'oublier.
Le temps a passé.
Elle est partie il y a 20 ans.
- J'ai besoin de vacances. - Je le dis depuis des mois !
Tu travailles trop. Sors, vois du monde !
Il faut que j'y aille.
S'il vous plaît !
Désolée de vous déranger, mais...
naturellement, personne ne me remarque.
Vous allez à l'aéroport ?
Si la circulation le permet.
Je suis très gênée de vous demander ça,
mais je vais rater mon avion et il n'y a pas un taxi.
Je peux monter avec vous ?
Pardon. Je n'ai rien dit.
Allez-y, montez.
Merci !
- Montez. Ne l'écoutez pas. - Merci.
Je suis trempée !
Je vois ça.
Jeremiasz Angust ?
Vous étiez à ma conférence ?
J'ai lu votre nom sur l'étiquette.
Bien sûr.
Et votre adresse
à Varsovie !
Moi, c'est Texel.
Texel Textor.
Je suis hollandaise.
Vous êtes surpris par mon nom ou par ma nationalité ?
Votre nom.
Il est bizarre.
Oui, mais il sonne bien.
Personne avait jamais aimé mon nom !
Vous saviez
que Textor, c'est...
Merde !
- Quoi donc ? - Ma valise !
Vous n'aviez que ce sac.
Arrêtez-vous, s'il vous plaît.
Pourquoi ?
C'est pas vrai !
Elle est restée sur le trottoir.
Mon passeport est dedans.
Je l'avais mise à l'abri de la pluie.
Vous allez rater l'avion ?
Sûrement. C'était déjà mal parti.
Bon, j'y retourne à pied.
Prenez un taxi.
J'en ai cherché un pendant une heure.
Merci.
Il aurait pu sortir lui-même !
Il aura pas de pourboire.
Vous savez pourquoi je m'appelle Texel ?
Mes parents adoraient l'île du Texel, en Hollande.
- Vous connaissez ? - De nom.
Mon nom de famille, Textor,
vient du latin texere, tisser.
Ça veut dire "tissage de mots".
Mais je préfère
un sens plus élevé : "Celle qui tisse du texte".
Intéressant.
C'est dommage, un nom pareil et pas écrivaine...
Il n'est jamais trop tard.
Vous croyez ?
On est arrivés.
Je file. Enchanté de vous avoir rencontrée.
Bonne chance !
Jean, j'ai eu des soucis en chemin
et j'ai raté l'avion.
Tu veux que je vienne ?
J'ai deux heures d'attente, ça va aller.
Appelle-moi en cas de besoin.
Profite bien de ton aéroport.
Bienvenue au salon VIP.
"Angust n'a rien dit de plus que dans ses livres. Décevant."
On a raté nos avions.
Il n'y a plus qu'à attendre.
C'est quoi, votre...
livre ?
Je ne lis pas de livre.
Je vous comprends.
Je peux pas lire non plus, avec tous ces gens.
Et je déteste les aéroports.
- Pas vous ? - Écoutez, je...
On dit qu'on y rencontre du monde, mais...
vous savez qui on y rencontre ?
Qui ?
Ce sont tous des cadres en voyage d'affaires.
Le voyage d'affaires,
c'est la négation du voyage.
Pour moi, ça devrait s'appeler "déplacement de commerçant".
- Vous croyez pas ? - Intéressant.
Mais oui ! C'est vraiment intéressant.
Même si je parie que vous êtes en voyage d'affaires.
Pas exactement.
En tous cas, vous êtes pas en vacances.
En fait, je n'ai pas envie de parler.
Quel malpoli !
Quoi ?
Je vous trouve très impoli.
Dites, pour vous amener ici, j'ai raté mon avion.
Moi aussi, j'ai raté le mien.
Et vous m'embêtez.
Vous êtes d'une agressivité !
Vous êtes qui ?
Pardon. Je m'appelle Texel.
Texel Textor. Je suis hollandaise.
Qu'est-ce que vous me voulez ?
Parler n'est pas interdit !
Vous ne me forcerez pas à répondre.
Alors je vais devoir vous parler de moi.
Il faut que je quitte ce salon ?
Non.
S'il vous plaît.
- Pourquoi faites-vous ça ? - J'en ai envie.
- Moi, j'ai envie... - De me frapper.
Je n'allais pas dire ça.
Inutile, je le vois.
De toute façon,
les châtiments corporels, c'est pas légal.
Et frapper une femme,
en plus, c'est particulièrement mal vu.
Vous n'avez pas d'ambition plus haute
que d'importuner les gens ?
Moi, si.
Mais non.
Qu'en savez-vous ?
Vous êtes homme d'affaires.
Gagner plein d'argent, c'est pas une très haute ambition.
Vous vous trompez.
Je suis architecte.
C'est vrai ?
Regardez autour de vous.
Mon œuvre.
C'est vous, l'architecte ?
Vous voyez la maquette ?
Et nous sommes...
ici !
Non, on est là.
- Vous êtes content du résultat ? - Non.
C'était il y a longtemps.
J'ai affiné mon style depuis.
Le projet comportait des éléments superflus,
des espaces inutiles.
"La perfection est atteinte,
non pas lorsqu'il n'y a plus rien à ajouter, mais...
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