The first 200 lines.
UNIVERSITÉ DE CORNELL ANNA DE LA VEGA
Je n'ai pas fait 15 000 km pour passer ma première matinée
à parler à une Miss Je-sais-tout du New Jersey.
Regardez ! Ce bâtiment.
Pas lui, ignorez-le. Mais là !
Ce bâtiment derrière,
c'est son université !
Et celle de Bill Clinton.
Et un poste l'attend déjà chez Goldman Sachs à son retour.
Les étudiants d'Oxford gagnent 25 % de plus que les autres diplômés.
Cherche sur Google. Ça ira plus vite, maman.
La voilà !
- Tu vas nous manquer, Anna. - Ça passera vite.
Tu te rends compte ?
La belle Angleterre.
Même s'il paraît qu'il pleut beaucoup.
Le poète Henry David Thoreau s'est rendu dans les bois
pour, je cite, "vivre délibérément".
Inspirée par l'idée de vivre une vie toute tracée,
j'ai beaucoup étudié, reçu mon diplôme avec les félicitations
et obtenu un poste à Wall Street que j'ai reporté
pour pouvoir me consacrer pendant un an
à la poésie victorienne à l'Université d'Oxford.
Un an pour réaliser mon rêve.
Tout se passait comme prévu.
Jusqu'à l'imprévu.
Allez.
Ta beauté s'évanouira, et mon intérêt aussi.
Salut.
- Je suis Anna de la Vega. - C'est qui, ça ?
Une Américaine.
Joli minois, mais pompes hideuses.
Sale gland !
Grosse averse ?
Pas vraiment.
Bonjour.
Un fish and chips, s'il vous plaît.
Aiglefin ?
Que le fin ?
Non, le gros.
Mais aiglefin, morue, cervelas ?
Je ne suis pas sûre de...
Juste un fish and chips ?
- Un grand ? - Oui ! Un grand !
- Ça fera 8,50 livres, dans cinq minutes. - Super.
AU POISSON SAVANT FISH & CHIPS
Jamie, Oxford a de meilleurs restaurants.
Il est dans le top trois. Bonjour.
Deux morues en L, purée de pois, oignons marinés... avec des frites.
Des frites ?
Tu es sûr ?
Tu as raison. Plaisir passager, bourrelets bien logés.
Va pour deux grosses portions de frites.
Ignorez la demoiselle, elle ne sait pas vivre délibérément.
Ce n'est pas moi qui t'empêche de...
À quoi tu joues ?
Sérieux, tu te caches ?
Non, je me bats avec un lacet un peu récalcitrant.
Tu te caches de Jessica Borne.
C'est fou que tu puisses encore sortir de chez toi, Don Juan.
Elle est partie, mais a dû reconnaître ta voiture.
Oui, le souci des voitures rares, ce qu'elles trahissent.
Bond aurait dû le savoir. Je regrette la Ford Focus.
C'est pas vrai.
C'est toi !
Moi ?
C'est toi, le gland qui m'a arrosée avec sa caisse.
Je vois, je suis... Merde !
Ton fish and chips, ma belle.
Je suis vraiment désolé !
Je te jure.
Moi aussi.
- Hé, toi ! - Non !
Il est là !
Il se cache.
Non.
- Salut, ma belle. - Ça va, Jessica ?
ALARME
Bienvenue
à l'Université d'Oxford.
Une institution qui a traversé les siècles
et qui, année après année,
a accueilli de nouveaux jeunes talents.
Grands dirigeants, scientifiques, visionnaires de la littérature...
Tous ont passé ces portes avant vous.
Vous oublierez les fêtes de campus
et les amitiés forgées,
mais votre apprentissage restera gravé à tout jamais.
Votre temps ici est précieux.
Il s'évaporera en un clin d'œil.
Savourez-le.
Rassure-toi, tu es à l'heure.
Oui, merci.
J'étais juste au truc avec le...
- Maggie Timbs. - Enchantée, Anna de la Vega.
- Tu es américaine ? - Oui. Du Queens, à New York.
Bien le bonjour, me voilà.
Charlie ! Alors, cet été ?
Sans amour.
Je matais ce Dieu sur son aviron au regard de braise et aux pecs...
Voici Anna.
- Salut, la nouvelle. - On se connaît.
Ta voisine ? Aux pompes hideuses.
Comment un homme si charmant peut rester seul ?
Sans amour, chérie, pas sans sexe.
Et ce sourire ravageur rattrape les chaussures.
Bonjour, tout le monde.
Mon Dieu, le professeur Styan. C'est mon modèle.
Je suis là pour elle.
Mauvaise nouvelle :
on m'a nommée responsable des études,
donc je ne pourrai pas vous donner de cours ce semestre.
Mais mon remplaçant est aussi agaçant qu'il est brillant.
Il fera les cours, et je vous noterai. Ça m'arrange bien.
Ce n'est pas de l'exploitation.
Il veut enseigner. Grand bien lui fasse.
Donc, voilà. On se verra dans les couloirs.
À toi, Jamie.
Merci.
Bonjour.
C'est une blague, j'espère.
Mon biscuit irait bien dans son thé.
Comme c'est mon premier cours,
je vais donner le ton en vous offrant
un pot-de-vin.
Voici un...
énorme gâteau.
Alors...
servez-vous.
C'est pas le gâteau que je veux.
Grave.
Il y a cinq ans de ça, j'étais assis à votre place.
Le professeur Styan est entré, et je me suis dit :
"C'est donc elle qui va m'ennuyer à mourir ces prochains mois."
Tiens.
Tu es là, toi.
Bonjour.
Bonjour.
Mesdames et messieurs, voici une élève tout droit venue de... ?
- New York. - New York, New York. Bienvenue.
Je vois que tu n'as pas de gâteau. On se doit de t'accueillir.
Et il paraît que tout...
est plus gros à New York.
En fait, on dit ça du Texas.
Peu importe.
- Je n'en veux pas. - Vraiment ?
- Non. - D'accord. Bien.
C'est juste que Mme Mackenzie l'a préparé dans les cuisines de la fac,
et ce serait une insulte à l'Université, aux autres, et à tout Oxford...
- Je vais le manger. - Ne te force pas.
- Mais c'est rare... - J'en veux.
- Je sais, mais... - J'insiste.
Il est délicieux.
Tant mieux. Alors, la poésie.
J'adore. Mais la poésie victorienne, c'est un truc de vieux.
Les vieux qui chantent les louanges de la guerre
ne sont peut-être pas le truc le plus passionnant,
mais je n'aurais jamais imaginé
trouver dans l'œuvre des Victoriens
tant de... désespoir,
de terreur, de beauté,
de sagesse, de luxure.
Si ça ne te dérange pas,
j'aimerais que tu nous lises ce poème.
C'est l'œuvre d'une Américaine,
donc on apprécierait beaucoup de l'entendre dans sa cadence d'origine.
"Ma bougie se consume aux deux extrémités
"Elle périra avant l'aurore
"Mais ah, mes ennemis et oh, mes amis
"Quelle belle lumière d'or"
Merci.
C'était Edna St. Vincent Millay.
Il existe beaucoup d'interprétations, mais voici la mienne.
Selon moi, elle dit qu'une belle vie a un certain prix,
mais que, purée, ça vaut le coup.
Rien n'est permanent.
Nos passions, nos amours, même nos vies
sont éphémères,
mais si on savoure tout ça tant qu'on en a l'occasion,
alors on aura véritablement vécu.
La poésie peut s'apprendre, mais en vérité, il faut s'y essayer.
Elle doit être éprouvée. Elle doit nous interpeler.
Accueillez-la. Laissez-la changer votre vie.
Donc, dans cette optique-là, je ne vous enseignerai qu'une chose.
Laquelle, à votre avis ?
À manger du gâteau ?
À chaque occasion.
Envoyez-les-moi par e-mail, et on organisera une session.
On peut parler ?
C'est donc toi, mon élève américaine.
Et tu n'es pas le prof que j'attendais.
Non, je remplace juste le professeur Styan
lorsqu'elle est occupée.
Je suis désolé, mais c'est une flemmarde.
Je suis déçue.
L'autre jour...
- Je me cache rarement dans les restos. - Tu éclabousses les gens, aussi.
Vraiment désolé.
Je ne cherchais vraiment pas
à improviser un concours de t-shirts mouillés.
No comments yet. Be the first to leave one.