The first 200 lines.
"Ces crétins n'ont jamais vu un corbeau, se dit Guia A,
mais son visage resta impassible."
Reso Cheishvili, Guia A.
Académie allemande du film et de la télévision de Berlin
En coproduction avec
Financé par
Produit dans le cadre de LEUCHTSTOFF,
par rbb et Medienboard Berlin-Brandenburg
Costumes : Nino Zautashvili
Décors : Maka Jebirashvili
1re assistante réalisateur : Tamar Shubitidze
Musique : Giorgi Koberidze
Chef opérateur : Faraz Fesharaki
Coproductrices : Anna Dzlapshlpa Ketevan Kipiani
Productrice : Mariam Shatberashvili
Scénario, réalisation, montage : Alexandre Koberidze
SOUS LE CIEL DE KOUTAÏSSI
Excusez-moi.
- Tenez. - Merci.
Au revoir.
- Encore vous. - Désolé.
- Je suis partie dans le mauvais sens. - Moi aussi.
- Je vous redis au revoir. - Au revoir.
- J'allais encore me tromper. - Moi aussi.
Au revoir.
Alors, c'est quoi, une attaque éclair et une percée foudroyante ?
Giorgi, cet aimant, c'est toi.
Giorgi ?
Salut.
Tu vois, on se croise encore.
C'est vrai.
On pourrait arrêter de compter sur le hasard.
Le hasard est fiable.
- Tu vois le bar, près du Pont blanc ? - Oui.
On pourrait se retrouver là-bas, demain ?
On pourrait.
Huit heures ?
Huit heures.
Alors, à demain.
À demain.
Tous deux avaient été surpris de réagir ainsi.
Ils n'avaient pas l'habitude d'être audacieux ou de se précipiter.
Mais l'amour né par hasard ce matin-là, devant l'école n°2,
ne cessait de grandir en eux depuis lors.
Et il emplissait tant le cœur de Lisa et Giorgi
qu'il n'y laissait plus de place pour d'autres sentiments.
Pour rentrer chez elle, Lisa passait par le carrefour
où se croisent la rue Paolo Iashvili et la rue Titsian Tabidze.
À ce carrefour vivaient quatre amis.
Et, bien qu'il leur était interdit de parler aux humains,
ils décidèrent d'aider Lisa,
car elle courait un grave danger.
Tous les quatre l'aimaient beaucoup,
elle, qui, presque tous les jours, traversait leur carrefour.
La première qui parla à Lisa fut la jeune plante.
La jeune plante dit à Lisa
que dans le moment merveilleux où elle avait accepté ce rendez-vous,
ils avaient été épiés par le mauvais œil.
Puis, ce fut la caméra de surveillance qui dit à Lisa
qu'elle avait été maudite par le mauvais œil.
Le troisième ami était une vieille gouttière.
La gouttière dit à Lisa que sous l'effet de la malédiction,
son apparence aurait changé au petit matin.
La brise allait raconter la suite à Lisa.
Mais une voiture vint s'arrêter entre elle et la brise.
La voix que Lisa écoutait fut interrompue
et elle quitta le carrefour en proie à la peur.
La voiture partit aussi.
Maya ?
Lisa raconta à Maya qu'elle avait rencontré un jeune homme
et qu'elle allait le revoir le lendemain.
Puis, elle raconta ce qui s'était passé au carrefour.
Elle raconta tout ce qu'on lui avait dit.
Mais elle ignorait que la brise voulait lui dire autre chose.
Elle voulait lui dire
qu'elle ne serait pas la seule à se réveiller changée, le lendemain.
Il en serait de même pour le jeune homme qu'elle aimait.
Le maître du mauvais œil avait élaboré cette malédiction
pour que Lisa et Giorgi ne se retrouvent jamais
et soient condamnés à un chagrin éternel.
T'as pas eu trop peur ?
T'inquiète pas.
Tu sais,
les sortilèges, ça marche plus.
Je tiens ces bagues de ma grand-mère.
Enfant, j'avais déjà subi une malédiction.
Elle me disait que ces pierres de jais m'avaient protégée.
ATTENTION !
Chers spectateurs,
s'il vous plaît, fermez les yeux quand vous entendrez le premier signal.
Quand vous entendrez le second signal, vous pourrez les rouvrir.
Le signal sera donné dans...
Fermez les yeux !
Mieux vaut se doucher après l'entraînement,
je me changerai chez moi avant d'aller au café, se dit Giorgi.
Il décida de se laver le visage, ouvrit le robinet,
mit les mains sous l'eau et jeta un coup d'œil dans le miroir.
Ses mains remplies d'eau se figèrent.
Il ne savait pas comment réagir.
Il sentit que son cou le brûlait, il baissa la tête vers la gauche,
et leva à nouveau les yeux.
Il faillit s'évanouir, mais se souvint du miroir
qui était posé sur le piano.
Je vais vérifier, se dit-il.
Dans la salle de bains, il tourna le petit miroir et se regarda.
Mais il ne se trouva pas.
Il étouffait, il faillit s'écrouler, mais sa brosse à dents le sauva.
Elle se brisa dans sa main.
Avez-vous déjà brisé une brosse à dents d'une main ?
C'est impossible.
Son cou le brûlait, il allait perdre connaissance,
et trois mots tout à fait incongrus jaillirent de lui :
croc, requin, sable.
Je vais dire que t'es malade, que t'as mal à la gorge.
Comme tu peux pas parler, t'as pas pu les appeler.
Et je vais te remplacer.
Je peux faire autre chose ?
Maya essaya de calmer Lisa et de la réconforter.
Elle l'encouragea à aller au rendez-vous
et à raconter au jeune homme ce qui s'était passé.
Elle lui dit que si le jeune homme
était aussi formidable qu'elle le disait,
il l'écouterait et la croirait sans hésiter.
J'ai oublié mon ordonnance.
Merci.
Giorgi sortit et se mit à regarder tous les objets
qui pouvaient lui renvoyer son reflet,
mais avec toujours moins d'espoir
de retrouver celui qu'il avait été.
Qu'est-ce qu'il vous faut ?
Vous voulez quoi, jeune homme ?
Vous avez des gâteaux soleil ?
Non, pas aujourd'hui.
Allez, les gars, on s'y met.
Allez !
Tout est prêt, on y va.
On se dépêche.
Qu'est-ce que vous faites là ? C'est réservé aux membres.
Restez pas là, s'il vous plaît.
Désolé.
La malédiction comportait un autre élément que la brise n'avait pas pu expliquer.
Elle se terminait ainsi :
Lisa et Giorgi allaient perdre
le don ou le savoir qui leur importait le plus.
Pour Lisa, c'était la médecine, et pour Giorgi, le football.
Tu renvoies le ballon, s'il te plaît ?
Merci.
C'est sûrement une intoxication, je suis plus très lucide.
Je vais dormir un peu et après, ça ira mieux.
Lisa essayait d'étudier, mais elle ne comprenait plus rien.
Elle avait oublié ce qu'elle avait appris à l'université.
Elle se mit à pleurer, mais Maya la consola.
Elle lui dit qu'elle s'inquiétait trop
et la persuada d'aller à son rendez-vous.
"Pas si vite, vous autres.
Un mot ou deux,
avant que vous partiez."
Par là, par là...
Encore, encore...
Vas-y...
Encore un peu...
Attends !
Non, continue...
Attends !
Non, continue...
Voilà ! Là, l'écran est bien.
Laisse-le là. Je mettrai des tables là aussi.
Et le soleil se couche par là.
Ça change quoi, le soleil ?
Tu crois que ça change rien ?
Là, il est bien.
C'était super.
On peut être fiers.
On fête mon anniversaire ?
Évidemment !
Lisa essayait de comprendre pourquoi Giorgi n'était pas là,
mais sans y parvenir.
Il avait dû lui arriver quelque chose.
L'idée qu'il ait pu décider de ne pas venir
ne lui traversa même pas l'esprit.
Depuis la veille,
elle était prête à douter de tout, mais pas de Giorgi.
La première fois que Giorgi avait bu quatre bières,
c'était pour ses 18 ans.
Là, c'était la deuxième fois.
Tout comme Lisa,
il était persuadé qu'il y avait une bonne raison à son absence.
Il s'inquiétait.
C'est comme ça. Quand on aime, on s'inquiète.
Excusez-moi.
Bonjour.
Lisa est là ?
Non, elle est pas là.
- J'y vais. - Bonne chance.
Giorgi !
Giorgi !
Giorgi est pas là ?
Non, il est pas là.
Des fois, il nous prête un ballon.
Il est pas là.
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