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Allô ?
Je voudrais parler à Gemma.
C'est moi.
C'est bien toi ?
Gojko ?
Oui.
C'est moi.
Mon Gojko ?
Ton Gojko.
Qui a appelé ce matin ?
Gojko.
De Sarajevo.
Il me cherche depuis des mois via l'ambassade.
Ils organisent une expo pour commémorer le siège.
Il m'a demandé d'y aller.
Il y aura les photos de Diego.
Je dois aller à la rédaction, j'ai un tas de travail en retard.
Je peux pas partir comme ça.
Je sais pas...
Mais si, tu sais.
Et Pietro ?
Il ne voudra jamais.
C'est l'occasion pour lui aussi.
Tiens.
Gojko.
Il est vivant.
Il l'a toujours été.
Maman.
Allez !
- Belle dame ! - Vieille dame !
Arrête tes conneries !
- T'es un rocker ? - Je suis un joker.
C'était bon ?
Très bon.
Il y a des glaces ?
Là-bas.
Comment on dit "glace" en bosniaque ?
"Sladoled"...
Si je dis "ice cream", ça va ?
Tu me donnes de l'argent s'il te plaît ?
Donne.
Dis merci.
Merci.
Il est gentil.
Comme son père.
Appelle-moi, Gemma.
N'importe quand.
Je dors assis.
Sinon, je sens les battements de mon cœur dans mes yeux.
C'était plus facile de courir entre les grenades
que de marcher au milieu des ruines.
Je suis Gojko, votre guide.
Vous faites des recherches sur... Oh, sur Andric.
Oui. Pour ma thèse.
Vous êtes bien logée ?
Oui, dans une pension.
Vous en faites pas.
Vous pourriez dormir sous un pont, personne vous embêterait.
On croise pas un ivrogne ou un voleur ces temps-ci.
Le grand nettoyage communiste.
On montre notre cul au monde entier !
S'il vous plaît...
Mais les Jeux olympiques vont commencer
et il y a pas de neige, ça m'inquiète un peu.
Écoutez,
Je suis ici pour étudier l'œuvre d'Andric.
J'ai besoin
qu'on m'emmène dans les endroits où il a vécu.
Vous n'êtes peut-être pas la bonne personne.
J'ai une voiture.
Qu'est-ce que vous faites ?
Pas de problème ! C'est allemand !
Les Allemands ont installé leurs chaînes de montage ici.
Vous savez pourquoi ?
On est très précis !
Bon, peut-être pas. Mais on est pas chers !
Je vous paie très bien.
Alors, vous êtes une vraie pute.
Pardon ?
Vous êtes sûrement une vraie pute.
Arrêtez.
Arrêtez-vous !
Vous me faites la leçon ?
Vous êtes quoi, une prof ?
La poésie, c'est l'art qui écoute la vie !
La poésie,
c'est la nostalgie que Dieu a des hommes.
C'est difficile de traduire de la poésie.
S'il vous plaît, montez.
C'est la bagnole d'un ami. Je lui file la moitié de l'argent.
S'il vous plaît, remontez. On arrête le cirque.
Vous portez chance.
Belle dame italienne.
Que racontait le poème ?
L'histoire d'un croque-mort.
Il doit enterrer un poète
et il jure et fume sur sa tombe.
Il crache aussi.
Oui, il crache aussi.
J'ai compris quelque chose.
Ça se prononce comme c'est écrit.
Les mots s'accordent entre eux.
Par exemple, si un nom est féminin
tout devient féminin.
On est très galants.
Tu t'es marié ?
Comment elle est ?
J'ai eu de la chance.
Et la maison de Monte Trebevic ? Elle existe toujours ?
Elle est pleine de mines, mais...
on peut y aller ensemble et s'envoyer en l'air si tu veux !
Je vous présente mon amie italienne.
Gemma, voici Zoran. Un grand mime.
Surnommé Kafka. Son père, notre philosophe local.
Surnommé Kant.
Bojan, notre saxophoniste de génie.
Viens là.
Je vous présente mon amie italienne.
Diego, photographe. Notre ami américain.
Diego, viens par ici !
Lui, c'est Mladio.
Un grand sculpteur.
C'est le plus fou d'entre nous.
L'immense actrice, Ana.
Une femme que tous veulent
et que beaucoup ont eu !
Je passe la journée allongé dans la neige.
Les skieurs me passent au-dessus. J'ai des flocons plein les yeux.
Je vais devenir aveugle, pas génial pour un photographe.
Pourquoi tu mets pas de lunettes de soleil ?
Quel idiot !
Ce serait comme faire l'amour tout habillé.
Rien ne doit s'interposer entre soi et l'objectif.
Quel rire !
Tu as quelqu'un ?
Oui, je suis avec lui depuis des années.
Et toi ?
Moi ?
Je suis libre !
Je suis libre.
Lâche tout et enfuis-toi avec moi
- Où ? - Au Brésil.
Je vais photographier des enfants qui travaillent dans les mines.
Je devais partir demain.
J'étais très content
mais là, je suis très triste.
Moi aussi je pars demain.
Je me présente, petite demoiselle :
je suis ton frère, Gojko.
Et je serai aussi ton père
en mémoire de notre papa récemment disparu.
Je vous remercie.
Ma mère te remercie de me donner du travail.
Il est très bien.
Tu veux la prendre ?
Elle demande si tu veux la prendre.
Donne tes mains, donne.
Elle est toute mignonne.
Si petite.
Bichette.
Tu veux des enfants ?
Et toi ?
C'est tout ce que je demande.
Entrez ! Bienvenue chez moi.
La princesse italienne dormira là.
Toi, le photographe, tu prends ma chambre.
Mes draps sont assez propres.
Moi, je dors sur le canapé.
Quoi ?
Notre poète s'est endormi.
D'accord. Bonne nuit.
Je suis amoureux de toi.
Tu es fou.
Je veux passer ma vie avec toi.
- T'as quel âge ? - 23 ans.
D'accord, va te coucher.
Joli poème, Gojko, félicitations.
Une minute...
Maintenant, tu es à moi.
Merci.
Il y a un petit restaurant à côté.
J'y allais toujours avec ta mère.
Ils font une de ces carbonara.
On file ?
Je suis heureuse, papa.
Je suis sûre de moi.
Et l'autre, l'Américain ?
Celui qui appelle toujours la nuit.
Il n'y a personne d'autre.
Dans ce cas, pas de carbonara.
Félicitations.
Tu es complètement fou !
Je t'avais dit que je ferais vite.
Tu peux pas rester. C'est chez mon père.
Je viens de divorcer.
Pas de problème.
Je suis grand. J'ai déjà un endroit où loger.
Bonjour !
- Armando ? - Diego !
- Et ce voyage ? - C'était parfait.
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